Un refus d’obtempérer, un policier percuté, puis une marche arrière au cours de laquelle il aurait été de nouveau écrasé : les faits survenus le 29 octobre à Agadir témoignent d’une extrême gravité. Dimanche 1er novembre, le juge d’instruction près la cour d’appel a ordonné l’incarcération du conducteur et de ses deux accompagnateurs, après leur interrogatoire initial. Le parquet a requis l’ouverture d’une information judiciaire, notamment pour tentative de meurtre avec préméditation et participation.
L’affaire avait débuté jeudi matin, à un barrage de police installé à l’entrée nord d’Agadir. Selon les premiers éléments de l’enquête, le conducteur d’une voiture particulière aurait refusé de s’arrêter malgré les injonctions des fonctionnaires, avant de poursuivre sa route. Une patrouille de la brigade mobile motocycliste était alors intervenue à hauteur de l’avenue Mohammed V pour tenter d’immobiliser le véhicule.
C’est au cours de cette intervention que le drame se serait produit. Le conducteur aurait heurté l’un des policiers motocyclistes, avant de reculer et de le renverser une seconde fois, puis de prendre la fuite. Cette succession de manœuvres constitue l’un des éléments centraux du dossier : l’instruction devra notamment établir les circonstances précises du second heurt et l’intention du conducteur. Les interventions policières ont permis d’interpeller rapidement celui-ci ainsi que les deux personnes qui l’accompagnaient.
Grièvement blessé alors qu’il accomplissait sa mission sur la voie publique, le policier avait été transporté au centre hospitalier universitaire d’Agadir. Les informations rendues publiques le 30 octobre faisaient état d’une évolution rassurante, avec une stabilisation relative de son état et un patient conscient. Elles ne constituent toutefois pas un bulletin médical actualisé au jour de l’incarcération des suspects.
Dès le soir du 29 octobre, le directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, Abdellatif Hammouchi, avait décidé de lui accorder une promotion exceptionnelle. Le fonctionnaire, qui exerçait au grade de brigadier-chef au sein de la brigade mobile motocycliste, a ainsi été promu officier de paix, en reconnaissance de son engagement professionnel et du sacrifice consenti lors de cette intervention.
Sur le plan judiciaire, les faits soumis au juge d’instruction sont particulièrement lourds. Le conducteur est visé par un réquisitoire portant sur une tentative de meurtre avec préméditation, l’ivresse publique manifeste, la conduite en état d’ivresse, le délit de fuite après un accident et le refus d’obtempérer.
Pour le deuxième suspect, le parquet a demandé une instruction pour participation à une tentative de meurtre avec préméditation, ivresse publique manifeste, déclaration d’une fausse identité susceptible de faire inscrire une condamnation au casier judiciaire d’un tiers, ainsi que facilitation de l’usage de stupéfiants à autrui. Le troisième est concerné par les qualifications de participation à une tentative de meurtre avec préméditation et d’ivresse publique manifeste.
La présence des deux accompagnateurs dans le véhicule ne suffit pas, à elle seule, à établir leur participation aux faits. Il appartiendra à l’instruction de déterminer le rôle individuel de chacun, les actes éventuellement accomplis et les éléments permettant de retenir ou d’écarter les qualifications demandées par le parquet. L’incarcération des trois hommes intervient à ce stade de l’enquête judiciaire ; elle ne constitue pas une condamnation.
Au-delà des responsabilités qui devront être établies, cette affaire rappelle la violence à laquelle peuvent être exposés les policiers lors d’un contrôle routier. Derrière un signal d’arrêt ignoré, une intervention peut basculer en quelques instants et mettre une vie en péril. À Agadir, c’est bien cette escalade que la justice doit désormais reconstituer : comment un contrôle a-t-il abouti à des manœuvres ayant failli coûter la vie à un fonctionnaire en service ?
La gravité des blessures et le déroulement présumé des faits appellent une réponse judiciaire rigoureuse, fondée sur les preuves et sur la responsabilité de chacun. Les trois suspects demeurent présumés innocents dans l’attente de l’issue de la procédure.












Contactez Nous