Curieusement, et à l’exception de l’un d’entre eux, Aziz Akhannouch, qui baigne depuis longtemps dans la politique sur fond d’intérêts économiques liés à ses affaires, les hommes et les femmes les plus riches du Maroc font preuve d’un désintérêt presque total pour la chose publique. Ils évitent notamment d’afficher leurs opinions, surtout en cette période électorale.
Si, ailleurs, dans les grandes démocraties occidentales, les magnats entretiennent des liens étroits avec les formations politiques qu’ils financent à coups de milliards, comme aux États-Unis, le Maroc se distingue par une autre tradition. Depuis l’indépendance, et à de très rares exceptions près, les grandes fortunes du Royaume évitent de s’impliquer directement dans la vie politique ou même d’en parler publiquement, se gardant d’exprimer la moindre sympathie ou proximité avec un parti.
De mémoire, le seul à avoir véritablement brisé ce tabou fut l’ancien milliardaire et élu d’Essaouira, Miloud Chaabi. Connu pour sa gouaille populaire et ses sorties remarquées au Parlement, il affichait avec fierté son parcours de self-made-man autodidacte, auquel tout avait réussi à la force du poignet.
Mis à part cette incursion singulière d’un milliardaire dans le champ politique, ni les Benjelloun, ni les Sefrioui, ni bien d’autres personnalités arrivées plus tard dans le classement des grandes fortunes marocaines n’ont osé s’afficher politiquement. Une discrétion qui pourrait s’expliquer par la volonté de préserver leur neutralité, de se concentrer exclusivement sur les affaires ou, plus simplement, par une indifférence réelle, quoique jamais ouvertement assumée.
Reste alors une question : ce désintérêt les conduira-t-il à bouder également les urnes, ce 23 septembre 2026, plutôt que d’accomplir leur devoir de citoyens ? Car ces grandes fortunes, si elles ne sont pas des citoyens ordinaires au regard de leur influence économique, demeurent soumises aux mêmes responsabilités civiques que le commun des mortels.












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