Aziz Akhannouch laissera derrière lui des réformes que ses successeurs auront du mal à défaire. Il quitte pourtant la tête du gouvernement sans avoir dissipé le sentiment, chez une partie des Marocains, que leur vie est devenue plus difficile. Toute la contradiction de son mandat tient dans cet écart entre les réalisations de l’État et la confiance des citoyens.
Cinq ans après son arrivée au pouvoir, le gouvernement peut présenter un bilan fourni. L’assurance maladie a été élargie, les aides sociales directes ont été déployées et un dispositif de soutien à l’achat d’un logement a été mis en place. Des accords salariaux ont bénéficié à des fonctionnaires, notamment dans l’enseignement. Ce sont des décisions réelles, qui engagent des moyens publics et touchent des millions de personnes. Elles s’inscrivent aussi dans des chantiers nationaux dont le gouvernement a assuré la mise en œuvre, sans pouvoir s’en attribuer seul l’origine.
Pourquoi, alors, ce bilan peine-t-il à convaincre au-delà de ses défenseurs ? Parce que le citoyen ne juge pas une politique sociale à son seul lancement. Il la juge lorsqu’il cherche un rendez-vous à l’hôpital, calcule ce qu’il lui reste après ses courses ou voit son enfant diplômé chercher du travail. Une couverture médicale plus large est une avancée ; elle ne suffit pas si l’accès aux soins demeure éprouvant. Une aide au logement ouvre une possibilité ; elle ne résout pas, à elle seule, les difficultés de tous ceux qui ne peuvent toujours pas acheter.
Le pouvoir d’achat restera la blessure politique du quinquennat. La flambée des prix a marqué les premières années du mandat, tandis que les carburants sont devenus le symbole d’un malaise plus profond. L’inflation a ensuite ralenti : selon le HCP, sa moyenne annuelle était de 0,8 % en 2025. Mais une hausse moins rapide ne signifie pas un retour aux anciens prix. Pour un ménage qui a dû réduire ses dépenses, cette distinction statistique n’efface rien de l’expérience vécue.
Le cas des carburants a ajouté à cette pression une question de confiance. Les interrogations récurrentes sur le fonctionnement de ce marché et sur les conflits d’intérêts ont pesé sur l’image du chef du gouvernement, lui-même issu du monde des affaires. Le Conseil de la concurrence a conclu en 2023 des accords transactionnels avec des sociétés du secteur pour un montant global d’environ 1,84 milliard de dirhams. Ce constat ne permet pas d’imputer personnellement une infraction à Aziz Akhannouch. Il explique néanmoins pourquoi, sur ce dossier, l’exigence de transparence était particulièrement forte.
L’emploi représente l’autre grande difficulté. Le gouvernement a mis en avant l’investissement et la croissance ; pourtant, le chômage des 15-24 ans atteignait encore 37,2 % en 2025. La sécheresse a pesé sur le travail en milieu rural, et l’exécutif ne pouvait ni maîtriser la conjoncture internationale ni faire tomber la pluie. Mais sa responsabilité politique était de montrer comment les grands projets créeraient des perspectives accessibles aux jeunes. Sur ce point, le fossé entre l’ambition affichée et l’attente sociale reste considérable.
D’autres dossiers appellent un jugement moins immédiat. Les « écoles pionnières » se sont étendues, sans que la qualité de l’école publique puisse être appréciée à partir du seul nombre d’établissements intégrés au programme. La réponse à la pénurie d’eau a accéléré les projets de dessalement et d’interconnexion, dont les effets se mesureront sur plusieurs années. Après le séisme d’Al Haouz, la reconstruction a constitué une épreuve supplémentaire pour l’État. Le prochain gouvernement héritera de ces chantiers, de leurs avancées comme de leurs retards.
Le verdict électoral ne résume pas à lui seul cinq années de pouvoir. Il en dit toutefois quelque chose : selon les résultats provisoires annoncés après le scrutin du 23 septembre, le RNI a obtenu 66 sièges, derrière les 97 du PAM. Le parti du chef du gouvernement sortant reste une force parlementaire importante, mais il a perdu la première place.
Que restera-t-il du gouvernement Akhannouch ? Une architecture sociale plus large, des investissements et des réformes engagées. Mais aussi une leçon politique pour ceux qui prendront sa suite : annoncer une aide, ouvrir un chantier ou publier un bon indicateur ne suffit pas. Un gouvernement commence à gagner la confiance lorsque les citoyens peuvent constater, sans qu’on ait besoin de le leur expliquer, que leur quotidien s’améliore.












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