À l’approche de la saison estivale, période traditionnellement marquée par une forte affluence de mariages, de nombreuses voix s’élèvent dans le secteur de l’événementiel pour dénoncer des pratiques jugées déloyales et préoccupantes. Au cœur des critiques : l’influence grandissante d’une “neggafa” basée à Rabat, devenue incontournable dans l’organisation des cérémonies de mariage, mais dont les méthodes suscitent un malaise croissant parmi les professionnels.
Selon plusieurs témoignages concordants, cette figure imposerait un véritable réseau fermé de prestataires – traiteurs, orchestres, photographes ou décorateurs – qu’elle recommande systématiquement aux futurs mariés. Derrière cette sélection se cacherait un système de commissions, perçues en échange de placements, au détriment d’une concurrence saine et transparente. Une pratique d’autant plus contestée lorsqu’elle s’accompagne de propos dénigrants à l’égard d’autres prestataires, portant atteinte à leur réputation pour mieux favoriser son propre cercle.
Le phénomène prend une ampleur particulière avec l’utilisation massive des réseaux sociaux, notamment Instagram, où des mariages soigneusement mis en scène sont diffusés à grande échelle. Ces images séduisantes contribuent à vendre un rêve aux futures mariées, souvent peu enclines à remettre en question les recommandations imposées, ni à négocier les tarifs ou les choix artistiques.
Plus inquiétant encore, certaines sources évoquent un véritable monopole informel. Cette « Neggafa » serait capable de gérer jusqu’à huit à dix mariages par soirée, avec des équipes largement acquises à son système. Les prestataires intégrés à ce réseau reverseraient une part de leurs revenus, créant une mécanique bien huilée, décrite par certains comme une “mafia de mariage”.
Les conséquences sont lourdes pour de nombreux artistes et professionnels indépendants, aujourd’hui marginalisés. Ceux qui refusent d’adhérer à ce modèle se retrouvent exclus des circuits, parfois même confrontés à des obstacles lors des événements : retards, perturbations ou pressions indirectes sur les familles.
Enfin, des zones d’ombre subsistent quant à la traçabilité des revenus générés par ces activités, dont les montants hebdomadaires seraient, selon certaines estimations, largement supérieurs au million de dirhams. De tels flux financiers, s’ils échappent effectivement à tout circuit déclaratif, mériteraient une attention particulière des services compétents afin de garantir le respect des obligations fiscales et d’assurer une régulation équitable du secteur.
Face à ces dérives, plusieurs acteurs appellent à une prise de conscience collective et à une intervention des autorités compétentes pour garantir l’équité, protéger les professionnels lésés et préserver l’image d’un secteur clé de l’économie festive marocaine.
En définitive, le secteur du traiteur traverse une période particulièrement difficile. Pris en étau entre des pratiques opaques qui faussent la concurrence et une hausse continue des coûts des matières premières – viande, poulet, beurre et autres produits essentiels – de nombreux professionnels peinent à maintenir leur activité. Cette double pression fragilise un métier déjà exigeant, où la qualité et le savoir-faire devraient primer. Sans régulation ni soutien adapté, le risque est réel de voir disparaître des acteurs compétents, au détriment de la diversité et de l’excellence qui ont longtemps fait la réputation de ce secteur clé de l’événementiel.
À Marrakech, un autre phénomène tout aussi préoccupant prend de l’ampleur. Des organisateurs de mariages venus d’ailleurs investissent le marché local en orchestrant des cérémonies d’envergure, parfois internationales, sans disposer du statut de traiteur. Ils s’appuient sur une sous-traitance informelle, mobilisant des particuliers à domicile, dans des conditions échappant à tout cadre réglementaire. Les prestations sont majoritairement réglées en espèces, parfois même en devises, en dehors de toute traçabilité ou déclaration fiscale.
Face à cette situation, les deux fédérations représentant les traiteurs professionnels montent au créneau. Elles dénoncent avec insistance ces pratiques assimilées à de la concurrence déloyale et annoncent leur intention de porter ces dossiers devant la justice. Pour les acteurs du secteur, déjà fragilisés, cette économie parallèle accentue une crise profonde, menaçant l’équilibre d’un métier structuré autour de normes sanitaires, fiscales et professionnelles strictes, aujourd’hui mises à rude épreuve.
Par Mounir Ghazali












Contactez Nous