Le roi d’Espagne Felipe VI et la reine Letizia entament, ce mardi, une visite officielle à Sebta, dans le nord du Maroc, avant de se rendre demain à Melilia, deux villes sous administration espagnole dont le Maroc revendique la souveraineté. Présenté comme un geste de soutien aux populations locales après la crise migratoire de l’été, ce déplacement revêt aussi une dimension politique sensible dans les relations entre Rabat et Madrid.
Encore prince en 2007, lorsque la visite de Juan Carlos et de la reine Sofia avait provoqué une crise diplomatique entre les deux pays, Felipe VI connaît le poids symbolique d’un tel déplacement. Dans ce contexte, sa présence peut être perçue, du côté marocain, comme une réaffirmation de la position espagnole sur un dossier territorial qui demeure un point de désaccord. Les démonstrations politiques de Madrid ne sauraient, pour autant, effacer les revendications du Royaume.
Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, n’accompagne pas le couple royal. Il serait toutefois hasardeux d’interpréter cette absence comme une prise de distance : le déplacement a été organisé en concertation entre le gouvernement et la Maison royale.
Près de trois mois après les passages massifs de migrants à Sebta, les conséquences humaines et diplomatiques de cette crise continuent de peser sur les relations bilatérales. Les circonstances des événements et les responsabilités respectives restent controversées. Elles appellent des clarifications et une coopération renforcée, plutôt qu’une surenchère susceptible d’aggraver les tensions.
À l’approche des élections anticipées du 29 novembre, la question migratoire nourrit également les affrontements politiques espagnols. Certains courants d’extrême droite défendent un durcissement sécuritaire et des expulsions massives, au risque d’attiser les amalgames contre les Marocains. Il convient néanmoins de distinguer ces positions de celles de l’ensemble des formations de droite.
Dans ce climat, le déplacement royal apparaît politiquement délicat. Même présenté comme une initiative d’apaisement, il risque d’alimenter les discours nationalistes et de compliquer le dialogue avec Rabat. La prudence devrait pourtant guider les deux capitales : le bon voisinage exige de tenir compte des sensibilités réciproques, de préserver les droits des populations et de privilégier les canaux diplomatiques. Le Maroc conserve toute latitude pour défendre ses revendications par les voies politiques et diplomatiques, sans laisser la surenchère électorale dicter l’avenir des relations bilatérales.












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