Dans un contexte d’aviation civile mondiale douloureusement et prioritairement exposée aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient, qui pousse toutes les compagnies à réduire la voilure pour réaliser des économies d’échelle devenues indispensables aujourd’hui, sans plus attendre, car elles n’ont plus d’autre choix afin de sauver la mise.
Outre la réduction des vols adoptée par la plupart d’entre elles, et celle des effectifs pour certaines, le mot d’ordre n’est désormais plus qu’aux alternatives et aux recettes de crise assurant une baisse optimale des coûts grâce à des solutions de récupération à dénicher. L’allègement des effectifs étant socialement très lourd et difficile à décréter dans l’immédiat, tout comme la réduction des dessertes, d’autres pistes peuvent être exploitées avec un potentiel convaincant si elles sont rapidement mises en œuvre en ces temps d’incertitudes.
L’exemple de la situation internationale de la Royal Air Maroc est un cas digne d’intérêt concernant la gestion de sa flotte et les mesures prioritaires à entreprendre. Pour en savoir plus sur ces actions à mener et identifier les fenêtres de possibilités à investir, Actu-Maroc a sollicité le concours de l’expert et consultant en matière d’aviation civile, l’ancien commandant de bord Faiçal Ziane, passé par plusieurs grandes compagnies dont la RAM, au cours d’une carrière de 40 années totalisant 23 000 heures de vol. De quoi lui donner toute la légitimité nécessaire pour enrichir le débat avec des propositions dignes du plus haut intérêt.
Selon ce vieux routier aguerri des cieux à travers toute la planète, il existe une opportunité immédiate à saisir par la compagnie nationale afin de réaliser des économies de grande échelle significatives dans le seul segment des ETOPS. Cette précieuse opportunité est connue chez les professionnels de l’aérien comme une réglementation internationale permettant à un avion bimoteur de voler en toute sécurité avec un seul moteur fonctionnel lors de la traversée de larges espaces comme l’océan Atlantique ou les zones polaires, pour une durée pouvant aller de 120 à 180, voire plus de 285 minutes, selon les types d’appareils.
Avec ces ETOPS, les équipages sont ainsi autorisés à voler à plus de 60 minutes d’un aéroport de déroutement, leur permettant de réduire largement leur consommation de kérosène. Dans un langage technique, le commandant de bord Faiçal Ziane détaille cette solution utilisée par nombre de compagnies étrangères, mais pas encore par Royal Air Maroc depuis l’acquisition des longs-courriers Dreamliner B787-800, et ce en raison de l’absence d’activation de la procédure d’éligibilité à cette réglementation spécifique auprès de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), où le dossier doit impérativement redevenir une priorité urgente en période de crise.
Selon l’expert, la carte des ETOPS doit être jouée prioritairement afin d’atteindre sans attendre le seuil des 180 minutes, permettant des trajectoires plus courtes nécessitant moins de consommation, synonymes de gain de temps et d’économies non négligeables. Pourquoi donc un tel retard ?
Ce retard, inconcevable pour bénéficier d’un avantage aussi considérable, s’expliquerait par une vague question administrative, un dossier s’étant éternisé au sein de la DGAC au point d’être aujourd’hui dépassé, nécessitant une actualisation et une mise à niveau. Entre-temps, la technologie a évolué et il n’est désormais plus seulement question d’ETOPS mais également d’EDTOS.
Ce nouveau paramètre ne se limite plus aux bimoteurs, mais concerne également les tri- et quadrimoteurs, avec des possibilités d’économies encore plus importantes dont la compagnie nationale devra tenir compte à l’avenir avec le renforcement de sa flotte.
Il est grand temps que Royal Air Maroc s’aligne sur les objectifs pressants d’économies de kérosène comme tous ses concurrents. La situation actuelle liée à la guerre du Golfe et à son impact énergétique la condamne à se ressaisir afin d’équilibrer ses comptes et ses ambitions.
Par Jalil Nouri












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