Deux universités, deux modèles, deux histoires très différentes, mais un même drapeau dans l’un des classements académiques les plus observés de la planète.
L’Université Hassan II de Casablanca et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) de Benguerir figurent toutes les deux dans le Top 1000 du prestigieux classement de Shanghai 2026, publié ce dimanche.
Les deux institutions marocaines apparaissent dans la tranche 901-1000 de l’Academic Ranking of World Universities (ARWU). Une position encore éloignée des géants américains et britanniques qui dominent le classement, mais suffisamment significative pour mériter d’être soulignée : pour la première fois, le Maroc compte simultanément deux établissements dans le classement général de Shanghai.
Et derrière cette performance commune se dessinent surtout deux réussites marocaines de nature différente.
Hassan II, la confirmation d’une grande université publique
Pour l’Université Hassan II de Casablanca, il ne s’agit plus d’une apparition isolée.
L’établissement casablancais avait fait son entrée dans le Top 1000 en 2024. Il s’y maintient donc pour la troisième année consécutive, confirmant une présence qui commence à s’installer dans la durée.
C’est un symbole important pour l’université publique marocaine.
Dans un environnement international où la concurrence scientifique est devenue féroce et où les grandes universités disposent de moyens considérables, Hassan II réussit à conserver sa place parmi le millier d’établissements distingués par Shanghai.
Cette régularité récompense notamment le travail de ses chercheurs, de ses enseignants, de ses laboratoires et de toutes les équipes qui contribuent à la production scientifique de l’université.
Car le classement de Shanghai ne mesure pas la beauté des campus ni leur attractivité médiatique. Il repose essentiellement sur la puissance de la recherche scientifique et son rayonnement international.
L’UM6P, l’ascension fulgurante d’une jeune université
Le cas de l’Université Mohammed VI Polytechnique raconte une autre histoire.
Beaucoup plus jeune, l’UM6P franchit cette année une nouvelle étape en faisant son entrée pour la première fois dans le classement général ARWU.
Et cette progression mérite d’autant plus d’être remarquée qu’elle intervient seulement quelques années après la montée en puissance de cette université installée principalement à Benguerir.
L’UM6P s’est construite autour d’un modèle résolument tourné vers la recherche, l’innovation, les technologies, l’entrepreneuriat et les grands défis scientifiques auxquels sont confrontés le Maroc et l’Afrique.
Son profil apparaît d’ailleurs très clairement dans les classements spécialisés de Shanghai.
L’université se situe notamment dans la tranche 76-100 mondiale en Mining & Mineral Engineering, ainsi que dans la tranche 401-500 en génie électrique et électronique et en sciences agricoles.
Pour une institution aussi jeune, cette présence constitue un signal particulièrement encourageant.
Deux modèles marocains qui se rejoignent
C’est probablement là que cette édition 2026 devient particulièrement intéressante pour le Maroc.
D’un côté, une grande université publique historique, profondément implantée dans le paysage universitaire national, qui démontre sa capacité à maintenir une production scientifique suffisamment visible pour rester dans le Top 1000 mondial.
De l’autre, une université nouvelle génération, disposant d’importants moyens, construite autour de la recherche scientifique, des technologies et de l’innovation, qui gravit rapidement les échelons internationaux.
Il serait donc inutile de vouloir opposer les deux.
Au contraire.
Le Maroc a besoin des deux modèles.
Il a besoin d’universités publiques fortes, capables d’accueillir massivement les étudiants tout en produisant une recherche de qualité.
Et il a besoin de pôles d’excellence disposant des moyens nécessaires pour attirer des chercheurs internationaux, développer des laboratoires de pointe, nouer des partenariats avec les meilleures institutions mondiales et transformer la recherche en innovation industrielle.
Hassan II représente aujourd’hui la résistance et la progression de l’université publique. L’UM6P incarne l’accélération d’un nouveau modèle scientifique marocain.
Les voir apparaître ensemble dans Shanghai constitue donc peut-être le véritable enseignement de cette édition.
Shanghai, un classement prestigieux mais exigeant
Il faut néanmoins replacer cette performance dans son contexte.
Le classement ARWU est extrêmement sélectif et repose sur six critères essentiellement orientés vers la recherche : prix Nobel et médailles Fields obtenus par les anciens étudiants et chercheurs, chercheurs parmi les plus cités au monde, publications dans Nature et Science, articles référencés dans de grandes bases scientifiques internationales et performance rapportée à la taille de l’établissement.
Cette méthodologie explique en partie pourquoi les universités américaines et britanniques historiques occupent les premières places.
En 2026, Harvard reste numéro un mondial, devant Stanford et le MIT. Cambridge, Berkeley, Princeton et Oxford figurent également parmi les dix premières universités de la planète.
La Chine poursuit parallèlement une progression spectaculaire et compte désormais 234 universités parmi les 1.000 classées, contre 187 pour les États-Unis.
Face à ces mastodontes académiques, les deux établissements marocains partent évidemment de très loin.
Mais ils sont désormais dans la course.
Une fierté, mais surtout un point de départ
Il serait donc excessif de présenter cette entrée dans la tranche 901-1000 comme l’aboutissement de l’enseignement supérieur marocain.
Elle doit plutôt être considérée comme un commencement.
Car la véritable ambition devrait désormais être de voir une université marocaine franchir progressivement les barrières : Top 800, Top 500, puis pourquoi pas, à plus long terme, Top 200.
Pour y parvenir, le Maroc devra continuer à investir massivement dans la recherche, mais également améliorer les conditions de travail des chercheurs, attirer les talents marocains établis à l’étranger, encourager les publications internationales, renforcer les laboratoires et développer davantage de passerelles entre universités, entreprises et industrie.
La performance de Hassan II et de l’UM6P envoie néanmoins un message encourageant.
Le Maroc peut exister sur la carte universitaire mondiale.
Casablanca le démontre par la constance d’une grande institution publique.
Benguerir le démontre par l’ascension rapide d’un nouveau modèle universitaire.
Deux universités marocaines. Deux trajectoires. Une même ambition : faire du savoir, de la recherche et de l’innovation une nouvelle puissance du Royaume.












Contactez Nous