C’est presque par hasard qu’une affaire aux ramifications beaucoup plus importantes aurait été découverte à Casablanca. Une femme aux revenus modestes, confrontée à un problème de couverture médicale, apprend avec stupéfaction qu’elle figure officiellement comme salariée d’une entreprise et qu’elle bénéficierait déjà de prestations sociales. Problème : elle affirme n’avoir jamais travaillé pour cette société.
Sa plainte va mettre les gendarmes sur une piste autrement plus vaste. Les investigations auraient permis de découvrir un dispositif reposant sur plusieurs sociétés fictives, créées depuis 2019, et dans lesquelles auraient été inscrites des centaines de personnes comme salariés sans qu’elles n’y exercent réellement une activité.
Pour alimenter cette mécanique, les suspects auraient approché notamment des chômeurs, des personnes en situation précaire et des femmes, auxquels des documents étaient présentés à la signature sous prétexte de leur permettre une déclaration auprès de la CNSS. Leurs identités auraient ensuite servi à constituer des effectifs fictifs et à percevoir indûment des allocations familiales.
Mais l’affaire ne s’arrêterait pas à la CNSS. Une fois leurs sociétés dotées, sur le papier, d’une activité et de salariés, les membres présumés du réseau auraient constitué des dossiers de crédits auprès d’établissements bancaires. Les montants sollicités auraient atteint plusieurs millions de dirhams et auraient notamment servi à financer l’acquisition de véhicules haut de gamme, ensuite revendus afin de récupérer des liquidités.
Le système aurait été particulièrement bien rodé : lorsqu’une société risquait d’attirer l’attention, son activité était interrompue ou sa propriété transférée à un tiers. Une nouvelle structure prenait alors le relais et la mécanique pouvait recommencer.
Les investigations de la Gendarmerie royale ont finalement permis de remonter jusqu’au gérant de l’une des sociétés concernées et à un présumé complice. Selon les informations publiées, ce dernier aurait fini par reconnaître l’existence du montage. Plus troublant encore, le principal suspect faisait déjà l’objet de 27 avis de recherche liés à l’émission de chèques sans provision.
L’enquête devra désormais déterminer l’ampleur exacte du préjudice subi par les banques et la CNSS, mais aussi identifier toutes les personnes dont l’identité aurait été utilisée dans cette spectaculaire affaire.












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