Pendant vingt ans, ils ont attendu un homme qui ne reviendrait peut-être jamais.
Pendant vingt ans, sa famille s’est interrogée, a espéré, cherché une explication à cette disparition mystérieuse survenue dans un petit douar de la province d’Azilal.
La réponse, elle, aurait été là depuis le début.
Sous terre. À quelques mètres seulement d’une maison voisine.
C’est une incroyable affaire criminelle vieille de deux décennies que la Gendarmerie royale tente aujourd’hui de reconstituer à Aït Chiguer, dans la commune de Ouaouizeght. Et il aura fallu une banale dispute familiale pour faire remonter à la surface un secret que personne n’imaginait voir un jour éclater.
TOUT COMMENCE PAR UNE DISPUTE
L’affaire bascule lorsqu’une violente querelle éclate au sein d’une famille du douar.
Un homme s’en prend à sa mère et à ses sœurs. Alertés par les cris, des habitants préviennent les gendarmes, qui interviennent et conduisent le mis en cause au centre territorial de Ouaouizeght.
À ce moment-là, les enquêteurs pensent encore avoir affaire à un différend familial.
Ils vont pourtant se retrouver face à une tout autre histoire.
Lors de son interrogatoire, l’homme finit par faire une révélation stupéfiante : il affirme être impliqué, avec son père aujourd’hui décédé, dans la mort d’un voisin disparu près de vingt ans auparavant.
Et il ne s’arrête pas là.
Il indique également où le corps aurait été enterré.
LE DISPARU QUE TOUT LE MONDE CHERCHAIT
L’histoire remonte à 2006.
Un jeune homme, né en 1982, disparaît mystérieusement du douar. Il a alors une vingtaine d’années.
Plus aucune trace. Aucune explication. Sa famille tente de le retrouver et va jusqu’à solliciter l’émission télévisée « Mokhtafoun », consacrée aux personnes disparues, dans l’espoir qu’une diffusion de son portrait permette enfin d’obtenir une information.
Les années passent. Puis les décennies. L’espoir de le retrouver vivant s’amenuise, mais le mystère demeure entier. Jusqu’à ces aveux inattendus.
DES OSSEMENTS SOUS LA TERRE
Guidés par le suspect, les enquêteurs se rendent alors à proximité du domicile familial qu’il leur a indiqué.
Les services de la Gendarmerie royale, notamment les équipes judiciaires, techniques et scientifiques, sont mobilisés avec la Protection civile.
Les fouilles commencent. Puis la terre livre des ossements et des restes humains.
Ils sont soigneusement recueillis avant d’être transférés à la morgue du Centre hospitalier régional Mohammed VI de Béni Mellal afin d’être soumis aux examens médico-légaux nécessaires.
Car aussi troublante soit la concordance entre les déclarations du suspect, le lieu indiqué et la découverte des restes, la justice doit encore établir scientifiquement leur identité.
Ce n’est qu’après les expertises que l’on pourra déterminer formellement s’il s’agit bien du jeune homme disparu près de vingt ans auparavant.
VINGT ANNÉES DE SILENCE
Mais une autre question, peut-être encore plus vertigineuse, se pose désormais aux enquêteurs.
Qui savait ?
Selon les éléments rapportés sur cette affaire, plusieurs membres de la famille du suspect ont été conduits pour être interrogés.
L’enquête devra déterminer ce que chacun savait réellement, depuis quand, et dans quelles circonstances ce secret aurait pu être conservé pendant aussi longtemps.
Car si les faits racontés par le suspect sont confirmés, la scène dépasse l’imagination.
Pendant près de vingt ans, une famille aurait vécu à proximité immédiate d’une sépulture clandestine.
Pendant près de vingt ans, les proches du disparu auraient continué à chercher des réponses.
Et pendant tout ce temps, la vérité aurait été enfouie dans le même douar.
UN COLD CASE OUVERT PAR HASARD
L’affaire présente enfin une particularité saisissante : ce ne sont ni une nouvelle technique scientifique, ni une dénonciation préparée, ni la découverte fortuite d’un corps qui auraient permis de relancer le dossier.
C’est une dispute familiale.
Sans cette altercation et l’intervention de la Gendarmerie royale, le secret aurait peut-être continué à dormir sous terre.
Le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Béni Mellal a ordonné l’approfondissement des investigations afin de reconstituer les circonstances de cette affaire.
Il reste notamment à déterminer les conditions exactes de la mort, le rôle présumé de chacun, les raisons du crime et les circonstances dans lesquelles le corps aurait été dissimulé.
Vingt ans après la disparition, l’enquête criminelle ne fait donc peut-être que commencer.
À Aït Chiguer, la terre a livré des ossements.
Il appartient désormais à la justice de lui faire livrer toute la vérité.












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