À force de hausses successives, la pompe commence sérieusement à ressembler à une machine à vider les portefeuilles. Le gasoil frôle désormais les 15 dirhams le litre au Maroc, rejoignant pratiquement l’essence. Pour des millions d’automobilistes et de professionnels, trop, c’est trop.
Depuis dimanche soir, le gasoil a encore augmenté de 65 centimes, pour atteindre environ 14,95 DH le litre. Dans le même temps, l’essence a reculé de 30 centimes pour s’établir autour de 14,94 DH. Situation presque inédite : le carburant diesel, historiquement moins cher au Maroc, coûte désormais pratiquement autant que l’essence.
Et surtout, cette augmentation n’arrive pas seule. Il s’agit de la troisième hausse consécutive du gasoil depuis la mi-juillet. Début août, les automobilistes avaient déjà encaissé une augmentation d’un dirham par litre.
À ce rythme, une question devient inévitable : jusqu’où faudra-t-il accepter de payer ?
Certes, le contexte international reste tendu. Le Brent tourne actuellement autour de 91 dollars le baril, avec des inquiétudes persistantes concernant l’approvisionnement mondial. Mais le prix du brut ne suffit pas à expliquer directement le tarif payé dans les stations marocaines. Le Maroc importe des produits raffinés, dont les cotations évoluent différemment de celles du pétrole brut. Le gasoil subit actuellement une tension internationale plus importante que l’essence.
Cette explication économique est nécessaire. Elle ne dispense toutefois pas le secteur d’une autre exigence : la transparence.
Car chaque hausse remet sur la table la même question, jamais véritablement refermée depuis la libéralisation des carburants : quelle part du prix payé par l’automobiliste correspond au produit importé, quelle part revient aux taxes et quelle part constitue les marges des différents opérateurs ?
Les citoyens ont le droit de le savoir.
D’autant que le gasoil n’est pas un produit comme les autres. Il fait rouler les camions, les autocars, les taxis et une grande partie du parc automobile. Lorsqu’il augmente, c’est toute l’économie quotidienne qui finit par payer l’addition : transport des marchandises, fruits et légumes, déplacements professionnels et, finalement, panier de la ménagère.
Et cette nouvelle hausse intervient à quelques semaines de la rentrée scolaire, lorsque les familles doivent déjà affronter fournitures, inscriptions, transports et autres dépenses incompressibles.
À presque 15 DH le litre, il ne suffit donc plus d’expliquer aux Marocains que les marchés internationaux fluctuent. Il faut leur montrer, chiffres à l’appui, comment se construit chaque dirham payé à la pompe.
La transparence n’empêchera peut-être pas le pétrole d’augmenter. Mais elle permettrait au moins aux citoyens de savoir pourquoi, au Maroc, faire le plein est devenu une épreuve pour le pouvoir d’achat.
Par Salma Semmar



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