En raison des prix exorbitants pratiqués cette saison, rendant leur séjour de plus en plus inaccessible, Tanger est devenue la première grande station balnéaire marocaine à voir, pour la première fois de son histoire, une partie de ses visiteurs écourter leurs vacances pour les poursuivre sur la Costa del Sol, dans le sud de l’Espagne.
Nombre d’entre eux estiment, non sans raison, que cette destination espagnole est désormais plus abordable que le nord du Maroc, tout en offrant une meilleure qualité de service. La majorité de ces vacanciers déçus sont certes des Marocains, mais le plus préoccupant est de voir également des touristes étrangers suivre ce mouvement estival. Cette fuite prive le pays de précieuses recettes en devises et freine l’économie d’une ville qui a fait du tourisme l’un de ses principaux moteurs de développement, sans avoir mis en place les garde-fous nécessaires pour lutter contre la spéculation.
Les exemples sont nombreux et édifiants. Comment expliquer qu’un simple appartement meublé puisse être loué jusqu’à 5.000 dirhams la nuit en haute saison ? Comment comprendre que des chambres d’hôtel affichées à des tarifs raisonnables sur leurs sites Internet soient finalement facturées beaucoup plus cher une fois le client sur place ? Dans de nombreux cafés et restaurants, les prix disparaissent des cartes ou sont modifiés à la hausse au stylo, sous prétexte de taxes ou de charges supplémentaires, sans la moindre justification. Pendant ce temps, les commissions de contrôle semblent totalement absentes, laissant prospérer des pratiques qui pénalisent aussi bien les visiteurs que l’image de la destination.
Le constat est sévère, mais il est difficilement contestable. Grande métropole touristique du Royaume et l’une des vitrines de la Méditerranée, Tanger est en train de compromettre son attractivité sous l’effet d’une flambée incontrôlée des prix, qu’il s’agisse du tourisme populaire, familial ou haut de gamme. À force de privilégier le profit immédiat au détriment de la fidélisation des visiteurs, la ville risque de voir sa réputation durablement écornée.
Car un touriste déçu ne revient pas. Pire encore, il devient souvent le premier ambassadeur… de la destination concurrente. Il est donc urgent que les autorités, les professionnels du secteur et les organismes de contrôle réagissent avant que cette dérive ne finisse par coûter beaucoup plus cher à Tanger que les bénéfices éphémères engrangés durant quelques semaines d’été.
Par Jalil Nouri









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