Un scooter accroché dans les embouteillages de Casablanca : de la tôle froissée, un genou éraflé, des cris, puis chacun repart. À la même heure, sur une nationale mal éclairée, deux voitures se percutent de face à grande vitesse : là, on ne repart pas. Ces deux scènes disent presque tout de nos routes.
Les statistiques définitives 2024 le confirment. Les agglomérations concentrent 80,2 % des accidents, mais 47,0 % des décès. Hors agglomération, à l’inverse, 19,8 % des accidents regroupent 53,0 % des morts. En gravité : 7,54 décès pour 100 accidents hors des villes, contre 1,64 en ville — environ 4,6 fois plus. La vitesse, la violence des chocs, l’éloignement des secours rendent chaque accident rural bien plus meurtrier. Ces facteurs sont plausibles ; leur poids exact, lui, n’est pas mesuré.
Un signal récent nuance pourtant le tableau. Les décès en ville sont passés de 1.634 en 2021 à 1.890 en 2024. Entre 2023 et 2024, ils ont augmenté de 212, quand la mortalité hors agglomération restait quasi stable (de 2.141 à 2.134). La route hors des villes reste la plus meurtrière, mais l’aggravation la plus récente frappe désormais aussi le cœur de nos villes.
Quatre accidents sur cinq en ville, plus d’un mort sur deux ailleurs : deux problèmes, pas un.



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