Il fut un temps où parler de polygamie au Maroc ne relevait ni de l’exception ni de la provocation. Elle faisait partie d’une organisation familiale admise dans certains milieux, avec parfois plusieurs épouses et leurs enfants réunis autour d’un même chef de famille.
Ce Maroc-là s’est considérablement éloigné.
Aujourd’hui, le sujet apparaît presque anachronique. Il ressurgit parfois dans les conversations entre hommes, sur le ton de la plaisanterie, certains menaçant gentiment leur épouse d’en prendre une deuxième, voire trois autres, en invoquant ce que permet la religion. Plaisanterie de mauvais goût pour les unes, fantasme inavoué pour certains autres.
Mais derrière la boutade se pose une véritable question de société : la polygamie est-elle encore concevable dans le Maroc de 2026 ?
715 cas sur près de 240.000 mariages
Les chiffres donnent déjà une partie de la réponse.
Selon les données du ministère de la Justice reprises par le Haut-Commissariat au Plan, 715 actes de polygamie ont été enregistrés en 2024 sur un total de 239 277 actes de mariage, soit seulement 0,3 %. À titre de comparaison, ils étaient 915 en 2023.
Autrement dit, la polygamie existe toujours, mais elle est devenue extrêmement marginale.
Et il faut également corriger une idée reçue : au Maroc, un homme marié ne peut pas simplement décider de prendre une deuxième épouse parce que la religion l’y autoriserait.
Depuis la réforme de la Moudawana de 2004, la polygamie est soumise à l’autorisation d’un tribunal. Le Code de la famille l’interdit lorsqu’une injustice envers les épouses est à craindre ou lorsque la première épouse a inscrit dans le contrat de mariage une condition par laquelle son mari s’engage à ne pas prendre une autre épouse.
Le candidat à la polygamie doit également démontrer une justification « objective et exceptionnelle » et prouver qu’il possède les ressources suffisantes pour entretenir équitablement les deux foyers, logement et autres besoins compris.
Nous sommes donc très loin du cliché selon lequel il suffirait à un homme de rentrer un soir à la maison pour annoncer qu’il a décidé de prendre une deuxième femme.
La société a changé plus vite encore que la loi
Mais le principal obstacle à la polygamie n’est peut-être même plus juridique.
Il est social, économique et culturel.
La femme marocaine d’aujourd’hui n’est plus celle des générations précédentes. Elle étudie davantage, travaille, dispose de revenus, participe aux décisions du foyer et revendique une relation conjugale fondée sur une conception beaucoup plus égalitaire du couple.
L’homme lui-même a changé.
Avec le coût du logement, de l’éducation, de la santé et de la vie quotidienne, combien d’hommes seraient réellement capables d’entretenir équitablement deux familles ?
Et combien en auraient simplement envie une fois dépassé le fantasme ?
La polygamie pouvait trouver sa place dans une organisation sociale où la famille élargie, les rapports entre hommes et femmes, la dépendance économique et les modes de vie étaient radicalement différents. Transposer mécaniquement ce modèle dans le Maroc urbain du XXIe siècle devient beaucoup plus compliqué.
Quand « Lalla Hobby » faisait rire le Maroc
Le cinéma marocain avait d’ailleurs compris très tôt tout ce que le sujet pouvait révéler de nos contradictions.
Dans les années 1990, « Lalla Hobby » de Mohamed Abderrahman Tazi avait rencontré un grand succès en abordant avec humour et ironie les rapports conjugaux, les femmes et les contradictions d’une société marocaine confrontée à sa propre transformation.
Lalla Hobby
Ce type de regard faisait rire parce qu’il renvoyait à une réalité que beaucoup connaissaient encore de près ou de loin.
Aujourd’hui, une famille composée d’un homme et de plusieurs épouses vivant sous le même toit apparaîtrait à une grande partie des jeunes Marocains comme appartenant presque à une autre époque.
La nouvelle Moudawana pourrait encore resserrer l’étau
Le sujet est d’autant plus intéressant qu’il s’est retrouvé au cœur du chantier de révision du Code de la famille.
Parmi les orientations présentées fin 2024 figure l’obligation de recueillir, au moment de l’établissement de l’acte de mariage, la position de l’épouse sur une clause engageant le mari à renoncer ou non à la polygamie. Si cette condition de renoncement est inscrite, elle doit être respectée. En son absence, les cas susceptibles de constituer une justification objective et exceptionnelle seraient davantage circonscrits, notamment à la stérilité de la première épouse, à une maladie empêchant les rapports conjugaux ou à des situations comparables laissées à l’appréciation du juge.
Cette question demeure particulièrement sensible parce qu’elle se situe exactement à l’intersection de la religion, du droit et de l’évolution de la société.
Lors des travaux sur la réforme, le Conseil supérieur des Oulémas s’est notamment prononcé sur la proposition consistant à conditionner la polygamie à l’acceptation de la première épouse.
Le chantier de réforme du Code de la famille cherche précisément à concilier l’évolution de la société marocaine, la protection des droits des membres de la famille, les constantes religieuses du Royaume et ses engagements internationaux.
Autorisée ne signifie plus socialement désirée
C’est probablement là que se trouve le véritable changement.
Une pratique peut continuer à exister dans le droit sans occuper la même place dans la société.
La polygamie marocaine semble précisément avoir basculé de la norme possible vers l’exception.
Les 715 actes enregistrés en 2024 sont suffisamment nombreux pour rappeler qu’elle n’a pas disparu, mais suffisamment rares — 0,3 % des actes de mariage — pour montrer combien elle est devenue périphérique.
Et peut-être faut-il regarder ce chiffre autrement : si la polygamie était réellement une aspiration profonde de l’homme marocain contemporain, son poids serait certainement tout autre.
Une question appartient désormais au couple
Il serait néanmoins excessif de traiter ceux qui choisissent légalement ce modèle familial comme les survivants d’une époque révolue. Dès lors que les conditions légales sont respectées et que les droits des personnes concernées sont protégés, les choix privés méritent également d’être considérés comme tels.
Mais la société, elle, a clairement pris une autre direction.
Le mariage contemporain repose de plus en plus sur une relation à deux, sur le partage des responsabilités, l’affection, la confiance et un projet commun. Les nouvelles générations acceptent beaucoup moins facilement les hiérarchies conjugales héritées du passé.
La question n’est donc peut-être plus de savoir si la polygamie est permise. Le droit marocain répond déjà à cette question en l’autorisant exceptionnellement et sous conditions strictes.
La véritable interrogation est ailleurs :
correspond-elle encore à la manière dont les Marocaines et les Marocains veulent construire leur couple et leur famille ?
À regarder les chiffres et l’évolution des mentalités, la réponse semble de plus en plus évidente.
La polygamie n’a pas complètement disparu du Maroc.
Mais le Maroc, lui, a profondément changé.
Par Salma Semmar












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La polygamie est autorisée par Notre Créateur. C’est un droit qui ne tourne pas autour de l’argent mais de la justice et l’équité.
Je ne vois en quoi ça dérange. Et je ne vois pas en quoi seules les ressources de l’homme seraient pris en compte.
Instruis toi avant de parler
Ma réponse est en dessous très cher monsieur ou madame.
Pourquoi toi tu es instruit ?
Avec ce genre de réponse, j’en doute.
La problèmatique commence déjà à se poser et très clairement pour la monogamie , parler de poly …reléverait de la pure supercherie
Je pense que le chiffre de 715 est totalement faux car il y a plusieurs cas de contournement utilisés pour cette fin à travers :
(i) des actes établis dans d’autres juridictions et présentés en exequatur dans les juridictions marocaines,
(ii) les cas de reconnaissance de mariage sans documentation par les juges autorisant la polygamie en recourant au principe de l’article 400 du code de la famille lorsque la deuxième épouse est enceinte et tel que recemment confirmé par la cour de cassation (le mariage n’est pas légal que par sa transcription par des notaires musulmans), et aussi
(iii) les divorces commandités avec la première pour entamer le deuxième mariage avant de remettre tout le monde autour de la même table (après création de la relation juridique avec les deux aisement).
Des articles tel quels pro féministe qui incitent à la débauche !!! Hors réalité !!! Puis parlons du taux de divorce qui ne cesse d augmenter !!! Vous ne cesserez de pousser les foyer à la division vous êtes tellement possédez par l occident et ces dérives que vous en perdez vos racines vos valeurs et j en passe.
Parlons de toutes ces femmes divorcé qui ont eu le malheur de suivre votre doctrine mais dieu merci le marocain restera ancrée sur ces valeurs sa religion et ça nature bien enraciné malgré tous votre travaille guidée par la pseudo lumière occidentale
Beaucoup ignore les fondements de cette tradition et malheureusement cette ignorance est prise pour une parole sacrée
La polygamie en islam n’est pas une pratique créée par l’islam. Elle existait bien avant l’apparition de cette religion, dans de nombreuses sociétés du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie, ainsi que dans les traditions de certains peuples et religions anciennes.
L’islam est apparu au VIIᵉ siècle dans la péninsule arabique, où les hommes pouvaient avoir un nombre illimité d’épouses. Selon la tradition musulmane, le Coran est venu réglementer cette pratique plutôt que l’introduire.
Le verset le plus souvent cité est le verset 3 de la sourate 4 (An-Nisâ’, « Les Femmes »), qui dit en substance :
« Épousez deux, trois ou quatre femmes parmi celles qui vous plaisent. Mais si vous craignez de n’être pas équitables, alors une seule. »
Ce verset est traditionnellement replacé dans un contexte historique : après plusieurs batailles des débuts de l’islam, notamment la Bataille d’Uhud, de nombreux hommes étaient morts, laissant des veuves et des orphelins. De nombreux exégètes musulmans expliquent que cette disposition visait notamment à protéger ces femmes et ces enfants dans une société où il n’existait pas de système de protection sociale.
L’islam a également imposé des limites importantes :
* un maximum de quatre épouses simultanément ;
* l’obligation de les traiter avec justice sur les plans matériel et affectif dans la mesure du possible ;
* si cette équité ne peut être assurée, le Coran recommande de n’avoir qu’une seule épouse.
Par ailleurs, un autre verset (sourate 4, verset 129) affirme qu’il est impossible d’être parfaitement équitable entre plusieurs épouses. Ce passage a conduit certains penseurs musulmans à considérer que la monogamie est, dans les faits, l’idéal le plus conforme à l’esprit du texte.
Aujourd’hui, les interprétations et les législations varient selon les pays à majorité musulmane :
* certains autorisent la polygamie avec des conditions strictes ;
* d’autres l’ont interdite par la loi civile (comme la Tunisie) ;
* d’autres la rendent très difficile en exigeant l’autorisation d’un juge ou le consentement de la première épouse.
Le prophète sws était polygame. Et c’est un exemple pour nous. Mais vous avez le droit d’avoir votre avis, et de ne pas le suivre en ayant une seule femme puisque c’est permis par le Noble Coran. En retour, je vous demande de laisser tranquilles ceux qui souhaitent vivre ainsi en essayant d’être justes et équitables grâce à la guidée de Notre Créateur.
Et il est notable que vous ne citiez pas le verset 129 de la sourate 4 afin que chacun puisse avoir son avis :
« Vous ne pourrez jamais être équitables entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux. Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles, au point de laisser l’autre comme en suspens. Mais si vous vous réconciliez et vous êtes pieux… donc Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux. »
Allah swt va jusqu’à expliquer de ne jamais en délaisser une quand le coeur penche entièrement vers l’autre, d’éviter une séparation et recommande la réconciliation en étant pieux. Il impose ainsi le même traitement pour toutes ses femmes quand bien même l’amour pour l’une est plus vif.
Et plusieurs hadiths du prophète sws expliquent comment il faisait et les invocations qu’il faisait afin d’être le plus juste et équitable selon sa capacité.
Et face à des versets clairs et limpides, il ne devrait point y avoir de discussion. Mais Dieu nous rappelle que l’homme est un disputeur chevronné et qu’il faut faire attention aux discours qui expliquent qu’aujourd’hui c’est dépassé et qu’aujourd’hui voyez-vous c’est la modernité, discours qu’ont toujours tenu ceux qui essayent de perdre les gens.
Puissiez-vous vous ouvrir à la richesse de l’islam au-delà de la Tunisie actuellement nécrosée et très loin d’être un exemple de gouvernance parmi la oumma.
On ne peut pas parler de la polygamie et le mariage sans considérer le divorce. Certes les cas polygamie ont diminué de façon significative et continue ces dernières années mais le nombre de divorces a augmenté de façon significative et continue. Au moment de penser à une deuxième épouse, tous les justificatifs derrière et les conditions sociales et juridiques poussent souvent vers un divorce et remariage, ce qui est de plus en plus mieux accepté et privilégié par rapport à la polygamie dans la société d’aujourd’hui en pleine ascension de modernité.
Tuoty
Il faut interdire ça.
Ne laissez jamais qui que ce soit vous interdire ce qu’Allah à autorisé. Même pas un code de la famille.
Ceux qui défendent le contraire sont dans la bid’a. Ils oublient que chacun est responsable de ses actes.
Je les mets au défi d’appliquer leurs principes de précaution et protection à tous ceux qui conduisent un véhicule alors qu’ils ne le devraient pas, de part leur dangerosité. Retirez-leurs à tous permis et véhicule !
Là n’est point la question car les plus riches ont les moyens d’avoir plusieurs épouses ou des maîtresses et les jeunes défavorisés boycotteront le mariage faute de moyens. Chacun est libre certes, mais certains n’hésitent pas à passer outre le consentement de la première épouse sinon c’est le divorce….