Une nuit d’août, quelque part sur une nationale. Une voiture chargée jusqu’au toit, des enfants endormis à l’arrière, un conducteur qui roule depuis des heures pour arriver « avant la chaleur ». C’est dans ces nuits-là que se joue une part de nos deuils. Car le risque, au Maroc, n’a ni une seule carte ni une seule saison.
En 2023, Casablanca-Settat compte le plus de décès (844), devant Marrakech-Safi (646). Mais rapporté à la population, le classement s’inverse : Laâyoune-Sakia El Hamra affiche le taux le plus élevé, 14,4 décès pour 100 000 habitants, devant Marrakech-Safi (13,2) ; Fès-Meknès est à 7,4. Volume, taux et gravité racontent trois histoires différentes — et dans les petites régions, les chiffres sont plus incertains.
L’autre déformation est saisonnière. Partout où le détail mensuel existe, juillet et août tuent plus, par jour, que le reste de l’année : un rapport de 1,35 en 2020, 1,45 en 2022, encore 1,17 en 2025 provisoire. Ces deux mois rassemblent près d’un cinquième à un quart des décès annuels, pour environ 17 % des jours. En 2025, le seul mois d’août a fauché 508 vies, pic de l’année. Et souvent, l’été, la hausse des morts dépasse celle des accidents : ils sont aussi plus graves.
Fatigue, longs trajets, conduite de nuit, vitesse, axes surchargés : les causes se combinent sans qu’on puisse les isoler.
Casablanca concentre les morts en nombre ; Laâyoune, en taux ; l’été, dans le temps. Trois cartes, pas une.












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