Le Maroc et Israël viennent de franchir une nouvelle étape dans leurs relations diplomatiques. Réunis à New York, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et son homologue israélien, Gideon Sa’ar, en présence de l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, ont convenu de faire passer leurs bureaux de liaison au rang d’ambassades et de procéder à la nomination d’ambassadeurs. Une évolution qui s’inscrit dans le prolongement du processus de normalisation engagé en 2020 dans le cadre des Accords d’Abraham.
L’entente prévoit également de développer les liaisons aériennes et de rétablir des vols commerciaux directs opérés par des compagnies des deux pays. Mais derrière cette nouvelle étape diplomatique surgit une question autrement plus sensible : où le Maroc installera-t-il sa future ambassade en Israël ?
À Tel-Aviv, comme le laisserait supposer la pratique diplomatique marocaine jusqu’à présent, ou pourrait-il un jour être question de Jérusalem ? À ce stade, rien dans les annonces faites à New York n’indique que Washington ou Israël ait demandé à Rabat d’installer son ambassade dans la Ville sainte. Toute affirmation faisant état de pressions en ce sens serait donc prématurée.
La question n’est pourtant pas anodine. Les États-Unis ont reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017 et y ont transféré leur ambassade en mai 2018. Israël considère Jérusalem comme sa capitale, tandis que le statut de la ville demeure l’une des questions les plus sensibles du conflit israélo-palestinien.
Pour le Maroc, le dossier revêt une dimension particulière. Mohammed VI préside en effet le Comité Al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique. La position officielle du Royaume demeure le soutien à une solution à deux États, avec un État palestinien dans les frontières de 1967 ayant Al-Qods-Est pour capitale, vivant aux côtés d’Israël. Le Souverain a encore réaffirmé cette position et insisté sur la préservation du statut juridique et historique de la Ville sainte ainsi que de ses lieux saints musulmans et chrétiens.
Dans ces conditions, une éventuelle installation de l’ambassade marocaine à Jérusalem constituerait un changement diplomatique majeur, difficilement conciliable avec cette position constante. Elle pourrait être interprétée comme une reconnaissance de la souveraineté israélienne sur une ville dont le statut final reste disputé.
Pour l’heure, aucune indication officielle ne permet d’envisager un tel scénario. La future adresse de l’ambassade marocaine n’en demeure pas moins une question à suivre de près, tant elle touche à l’un des équilibres les plus délicats de la diplomatie du Royaume : approfondir ses relations avec Israël tout en maintenant ses engagements historiques envers la cause palestinienne et Al-Qods.












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