Le récent renforcement de la coopération militaire entre Washington et Rabat, accompagné d’un approvisionnement soutenu du Maroc en armements américains, commence à susciter des inquiétudes de l’autre côté du détroit, où certains y voient désormais un signal potentiellement défavorable aux intérêts stratégiques espagnols.
Le raisonnement développé dans certains milieux politiques et médiatiques espagnols est relativement simple : alors que les relations entre Washington et Madrid traversent une période de fortes divergences, notamment sur les questions liées à l’OTAN et aux dépenses de défense, le rapprochement militaire entre le Maroc et les États-Unis est observé avec une attention croissante. Certains vont jusqu’à craindre que Rabat ne devienne progressivement l’un des partenaires militaires privilégiés de Washington dans cette zone hautement stratégique, autour du détroit de Gibraltar.
Ces inquiétudes ont été récemment ravivées et ont alimenté un débat rapidement instrumentalisé sur le terrain politique après l’annonce de la création, à Tan-Tan, dans le sud du Maroc, d’un centre conjoint africain d’entraînement et d’expérimentation multidomaines, désigné sous l’acronyme AMTEC. Les essais de nouvelles capacités militaires dans cette région sont également observés avec attention en Espagne, certains commentateurs allant jusqu’à les interpréter comme un changement significatif de l’équilibre militaire régional.
Cette préoccupation a notamment été exprimée par Manuel Domínguez, vice-président du gouvernement des îles Canaries, situées face aux côtes marocaines. Celui-ci a appelé Madrid à ne pas sous-estimer l’accumulation de signaux qu’il considère comme préoccupants et susceptibles d’annoncer une redistribution progressive des cartes militaires dans la région.
Du moins est-ce ainsi qu’une partie de la classe politique espagnole interprète l’évolution en cours. Le renforcement militaire du Maroc, conjugué à son partenariat stratégique avec les États-Unis, nourrit la crainte d’un déplacement des équilibres traditionnels au sud de l’Europe.
De là à considérer que cette coopération serait dirigée contre l’Espagne, il existe toutefois un pas qu’aucun élément ne permet, à ce stade, de franchir avec certitude. L’hypothèse de futures bases militaires américaines au Maroc relève également, en l’absence d’annonce officielle, de la spéculation.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que les relations entre Rabat et Madrid connaissent actuellement l’une de leurs périodes les plus fructueuses, tant sur le plan économique que politique et sécuritaire.
Mais dans une Espagne particulièrement attentive à l’évolution des capacités militaires de son voisin du Sud, les assurances du gouvernement central sur la solidité des relations avec le Maroc ne suffisent manifestement plus à dissiper toutes les inquiétudes.












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