Affaire « Escobar du Sahara » : lourdes peines de prison, millions de dirhams d’amendes… la justice rend un verdict historique
L’un des plus grands procès de criminalité organisée de l’histoire judiciaire récente du Maroc a connu son épilogue. Après plus de deux années d’enquête, des dizaines d’audiences et des mois de débats contradictoires, la Chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca a rendu, jeudi soir, son verdict dans le très médiatisé dossier dit « Escobar du Sahara ».
Cette affaire, qui a éclaboussé plusieurs personnalités du monde politique, sportif et économique, trouve son origine dans l’arrestation, en décembre 2023, d’un vaste réseau soupçonné d’entretenir des liens avec le trafiquant malien El Hadj Ahmed Benbrahim, surnommé « Escobar du Sahara ». Les investigations avaient conduit à la mise en cause de vingt-huit personnes, parmi lesquelles des élus, des hommes d’affaires, un ancien président de club de football, un notaire, des responsables de sociétés, des commerçants, des fonctionnaires et des agents de sécurité.
Au terme de ce procès hors norme, la Cour a prononcé des peines particulièrement sévères. Abdenbi Bioui, ancien président de la région de l’Oriental, a été condamné à douze ans de prison ferme, la peine la plus lourde du dossier. Saïd Naciri, ancien président du Wydad Athletic Club et ancien parlementaire, a écopé de dix ans de réclusion criminelle, tout comme l’ancien député Belkacem M.. Le frère d’Abdenbi Bioui, Abderrahim Bioui, a quant à lui été condamné à neuf ans de prison ferme. D’autres prévenus ont reçu des peines allant de quelques mois à plusieurs années d’emprisonnement selon leur degré d’implication retenu par la juridiction.
Mais les sanctions ne s’arrêtent pas aux peines privatives de liberté. La justice a également prononcé de très importantes condamnations civiles au profit du trafiquant malien El Hadj Ahmed Benbrahim, constitué partie civile dans la procédure. Saïd Naciri a ainsi été condamné à lui verser 10 millions de dirhams de dommages et intérêts. Abdenbi Bioui devra payer 8 millions de dirhams, tandis que Belkacem M. a été condamné à verser 6 millions de dirhams. Abderrahim Bioui devra s’acquitter de 4 millions de dirhams, alors que deux autres condamnés ont été condamnés au paiement de 3 millions de dirhams chacun. Ces montants s’ajoutent aux frais de justice et aux autres dispositions civiles prononcées par le tribunal.
Tout au long du procès, les principaux accusés ont rejeté les faits qui leur étaient reprochés. Saïd Naciri avait notamment affirmé devant la Cour être totalement étranger aux accusations portées contre lui. Plusieurs avocats de la défense avaient contesté la solidité des éléments à charge, estimant que le dossier reposait essentiellement sur les déclarations du principal protagoniste. Le ministère public avait, au contraire, soutenu que les investigations, les expertises et les preuves matérielles réunies justifiaient pleinement les poursuites engagées.
Par son ampleur, le profil des personnes impliquées et la sévérité des condamnations prononcées, cette affaire restera comme l’un des procès les plus marquants de ces dernières années. Au-delà des lourdes peines de prison, la justice a clairement voulu adresser un signal fort en infligeant également des sanctions financières de plusieurs dizaines de millions de dirhams, illustrant sa volonté de lutter avec fermeté contre les réseaux criminels, la corruption et les atteintes à la probité publique.
Ce jugement, rendu en première instance, n’éteint toutefois pas définitivement le dossier. Les personnes condamnées disposent des voies de recours prévues par la loi et pourront interjeter appel, laissant à la juridiction de second degré le soin de confirmer, d’infirmer ou de réviser tout ou partie des condamnations prononcées.



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