Il s’appelle Imad Bouchajda. Retenez bien ce nom.
À seulement 19 ans, le jeune Marocain vient d’accomplir ce qu’aucun de ses compatriotes n’avait réalisé avant lui : devenir champion du monde U20 du 800 mètres. À Eugene, sur la mythique piste du Hayward Field, temple américain de l’athlétisme, Bouchajda n’a pas seulement gagné une course. Il a peut-être ouvert une nouvelle page pour un athlétisme marocain qui attend avec impatience l’éclosion d’une nouvelle génération capable de renouer avec ses grandes années.
Son chrono en finale parle de lui-même : 1 min 44 s 64.
Derrière lui, l’Australien Daniel Williams, deuxième en 1’45’’36, et l’Espagnol Alejandro Rios, troisième en 1’46’’25.
Une victoire nette, autoritaire, et surtout porteuse d’immenses promesses.
Car Bouchajda n’est plus seulement un jeune talent dont on espère qu’il percera un jour. Il vient de gagner au niveau mondial.
Et cela change tout.
Un Marocain dans l’histoire du 800 mètres
Le symbole est considérable.
Jamais un Marocain n’avait remporté le titre mondial U20 sur 800 mètres. Bouchajda devient également le quatrième athlète du Royaume sacré dans l’histoire de ces Championnats, après Adil Kaouch sur 1.500 m en 1998, Yassine Bensghir en 2002 et Abdalaati Iguider en 2004 sur cette même distance.
Plus de vingt ans après Iguider, un jeune Marocain remet donc le demi-fond national tout en haut d’un podium mondial.
Et son titre n’arrive pas de nulle part.
World Athletics indique que Bouchajda, né le 23 mars 2007, possède déjà un record personnel de 1’44’’38 sur 800 m, réalisé le 5 juillet dernier à Salé.
Pour mesurer la vitesse de sa progression, il suffit de remonter trois ans en arrière.
En juillet 2023, alors qu’il n’avait que 16 ans, il remportait une finale nationale U18 à Rabat en 1’56’’47. En 2024, il courait déjà en 1’49’’18 aux Championnats du Maroc U20.
Aujourd’hui : 1’44’’38.
Plus de douze secondes gagnées en trois ans.
Voilà peut-être le chiffre qui raconte le mieux l’énergie et la trajectoire de ce garçon.
À 19 ans, il court déjà avec les grands
Un autre détail permet de comprendre pourquoi le Maroc peut raisonnablement nourrir de grands espoirs.
Le 31 mai dernier, lors du Meeting international Mohammed VI de Rabat, Bouchajda était déjà aligné sur 800 m avec les seniors.
Et pas avec n’importe lesquels.
Dans cette course figuraient notamment le Britannique Max Burgin, le champion olympique Emmanuel Wanyonyi, l’Algérien Slimane Moula, le Français Gabriel Tual ou encore l’Américain Donavan Brazier.
Bouchajda avait terminé douzième en 1’45’’15.
Dernier, certes.
Mais à 19 ans, se retrouver au départ d’une course de ce niveau constitue déjà un apprentissage extraordinaire.
Deux mois plus tard, le voilà champion du monde de sa catégorie.
C’est précisément là que se situe tout le potentiel du Marocain : il est encore en apprentissage alors qu’il court déjà à des chronos qui lui ouvrent progressivement la porte du très haut niveau senior.
Bouchajda n’est d’ailleurs pas seulement un homme du 800 m
Son profil est d’autant plus intéressant qu’il possède également des qualités sur 1.500 mètres.
Début juillet, aux Championnats du Maroc U20 à Salé, il s’est imposé sur cette distance en 3’43’’81.
Quelques mois auparavant, aux Championnats arabes U20 de Tunis, il avait décroché l’argent du 1.500 m.
Cette polyvalence 800-1.500 mètres rappelle justement cette grande école marocaine du demi-fond qui a produit pendant des décennies quelques-uns des noms les plus prestigieux de l’athlétisme mondial.
Il serait évidemment beaucoup trop tôt pour placer sur les épaules d’un garçon de 19 ans le poids de cette immense histoire.
Mais il est permis d’espérer.
Enfin une génération qui frappe à la porte ?
Et Bouchajda n’est pas revenu seul d’Eugene avec une médaille.
Osama Er Redouani a décroché le bronze sur 1.500 m en 3’39’’68, tandis que Mohamed El Moussalit a terminé quatrième en 3’41’’09.
D’autres Marocains sont également parvenus dans les phases avancées : Saida El-Bouzy en finale du 1.500 m féminin, Mahfoud Bellal en finale du 3.000 m steeple, ainsi que Rania El Hamdaoui et Adam Namar en demi-finales du 400 m haies.
Deux médailles, dont une en or, et une 15e place au tableau final : le bilan reste modeste quantitativement.
Mais il contient quelque chose dont l’athlétisme marocain a énormément besoin : de l’espoir.
Quelques mois auparavant, les U20 marocains avaient déjà terminé premiers des Championnats arabes à Tunis avec 36 médailles, dont neuf en or.
Il existe donc une matière première.
Des jambes.
Du talent.
De l’envie.
La question est maintenant de savoir ce que le Maroc en fera.
Ne surtout pas brûler les étapes
C’est probablement le principal défi qui attend désormais Imad Bouchajda.
Un titre mondial U20 ne garantit pas une carrière internationale chez les seniors. L’histoire de l’athlétisme regorge de champions juniors qui n’ont jamais réussi à confirmer au plus haut niveau.
À 19 ans, son corps évolue encore, son expérience internationale reste à construire et le passage vers l’élite mondiale devra être géré avec énormément d’intelligence.
Il faudra donc le protéger autant que l’entraîner.
Lui offrir un encadrement technique de très haut niveau, une préparation scientifique, un suivi médical et nutritionnel rigoureux, des compétitions internationales bien choisies et surtout lui éviter la pression excessive qui accompagne parfois trop rapidement les jeunes champions.
Car le véritable objectif n’est pas qu’Imad Bouchajda soit immense à 19 ans. C’est qu’il le devienne à 22, 24 et 26 ans.
Le rêve peut commencer
Le Maroc a longtemps vécu des soirées d’athlétisme où le pays entier attendait le 1.500 m, le 5.000 m ou le 10.000 m avec la conviction qu’un Marocain pouvait monter sur le podium.
Saïd Aouita, Hicham El Guerrouj, Khalid Skah, Nezha Bidouane et tant d’autres ont construit cette culture de l’excellence.
Les générations changent. Les références aussi.
Mais à Eugene, pendant 1 minute 44 secondes et 64 centièmes, un jeune homme de 19 ans a rappelé que cette flamme n’était peut-être pas éteinte.
Le plus beau reste maintenant à construire.
Il serait injuste de demander dès aujourd’hui à Imad Bouchajda de devenir le prochain grand champion de l’athlétisme marocain.
Mais il serait tout aussi injuste de ne pas voir ce qui se dessine devant nous.
Un garçon de 19 ans, champion du monde, capable de courir le 800 mètres en 1’44’’38 et dont la marge de progression reste immense.
Le Maroc tient un diamant.
À son athlétisme, désormais, de savoir le polir sans jamais le briser.
Par Mounir Ghazali



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