C’est sans doute la plus grave crise politique traversée par Gianni Infantino depuis son accession à la présidence de la FIFA en 2016. Après avoir consolidé son pouvoir pendant une décennie et multiplié les succès financiers grâce à l’expansion des compétitions internationales, le dirigeant helvético-italien fait désormais face à une contestation mondiale qui pourrait rebattre les cartes à moins d’un an du congrès électif prévu en mars 2027… à Rabat.
À l’origine de cette tempête, un projet aussi ambitieux que controversé : la création d’une nouvelle entité commerciale chargée de gérer les revenus de la Coupe du monde et d’ouvrir une partie de son capital à des investisseurs privés. Présentée comme un moyen de démultiplier les ressources de la FIFA et de financer davantage le développement du football mondial, cette initiative a suscité une levée de boucliers sans précédent.
Face à la fronde des principales puissances du football, Gianni Infantino a finalement été contraint de retirer son projet. L’UEFA est allée jusqu’à menacer de boycotter les compétitions de la FIFA si cette réforme était maintenue. L’opposition s’est ensuite élargie à d’autres confédérations, notamment en Asie et en Amérique du Nord, tandis que plusieurs proches collaborateurs du président de la FIFA ont publiquement pris leurs distances avec lui, révélant l’ampleur de la crise interne.
Jusqu’ici considéré comme quasiment assuré d’obtenir un quatrième mandat, Gianni Infantino voit désormais son avenir s’assombrir. Selon plusieurs médias internationaux, l’UEFA travaille déjà à la constitution d’une coalition susceptible de présenter un candidat capable de mettre fin à son règne. Le congrès électif de 2027, qui doit se tenir à Rabat, pourrait ainsi devenir le théâtre d’une bataille politique majeure pour le contrôle de la gouvernance du football mondial.
Pour le Maroc, cette crise est suivie avec une attention particulière. Depuis plusieurs années, Gianni Infantino entretient des relations étroites avec les dirigeants du football marocain, en particulier avec le président de la Fédération Royale Marocaine de Football, Fouzi Lekjaa. À plusieurs reprises, il a salué les investissements réalisés par le Royaume, qualifiant notamment le Complexe Mohammed VI de football de référence mondiale et présentant le Maroc comme un modèle de développement sportif pour le continent africain.
Cette proximité ne garantit évidemment aucune décision de la FIFA. Néanmoins, elle contribue à installer un climat favorable aux ambitions marocaines dans les grands dossiers internationaux, notamment celui de la Coupe du monde 2030.
L’un des enjeux les plus sensibles demeure en effet le choix du stade qui accueillera la finale du Mondial. Le Maroc mise sur le futur Grand Stade Hassan II, près de Casablanca, dont la capacité annoncée de 115 000 places en ferait l’un des plus grands stades de la planète. Face à lui, l’Espagne dispose de candidatures prestigieuses avec le Santiago-Bernabéu et le Camp Nou, deux enceintes mondialement connues. La décision finale reviendra exclusivement à la FIFA.
Si Gianni Infantino venait à quitter la présidence en 2027, cela ne remettrait nullement en cause l’organisation conjointe de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Les infrastructures marocaines, les engagements pris auprès de la FIFA et la qualité du dossier demeureraient inchangés.
En revanche, un changement de gouvernance pourrait modifier les équilibres politiques au sein de l’instance mondiale. Un successeur soutenu par une coalition dominée par l’UEFA pourrait avoir une approche différente de certains arbitrages stratégiques, dont celui de la finale. Il serait toutefois prématuré d’en déduire que cela favoriserait automatiquement l’Espagne, tant les critères techniques, organisationnels, commerciaux et symboliques pèseront également dans la décision.
Au-delà du cas personnel de Gianni Infantino, cette crise rappelle surtout que les grandes décisions du football mondial dépassent désormais largement le terrain sportif. Elles s’inscrivent dans des rapports de force où se croisent diplomatie, économie, gouvernance et influence. Pour le Maroc, qui s’est imposé en quelques années comme une puissance montante du football international, le défi consistera à défendre son dossier jusqu’au bout, quels que soient les équilibres politiques qui émergeront à la tête de la FIFA.












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