Ils ne sont pas encore parvenus à envahir les épiceries traditionnelles marocaines, mais la chose ne saurait tarder. Des produits alimentaires au textile, en passant par les articles ménagers, la décoration et l’habillement, le « made in Turkey » s’est progressivement installé dans les habitudes d’achat des Marocains.
La vitrine la plus spectaculaire de cette percée reste incontestablement BIM. L’enseigne affiche aujourd’hui 1 008 magasins au Maroc, signe d’un maillage territorial considérable qui lui permet d’être présente jusque dans les quartiers populaires et les villes moyennes.
Ses opérations promotionnelles attirent régulièrement une clientèle nombreuse, séduite par des prix accessibles et un renouvellement fréquent des produits. Dans ses rayons, les références turques côtoient d’ailleurs largement les étiquettes marocaines.
Mais derrière cette réussite commerciale se cache une histoire économique plus complexe.
Le Maroc et la Turquie sont liés par un accord de libre-échange signé en 2004 et entré en vigueur en janvier 2006. Pour les produits industriels, une zone de libre-échange a été progressivement instaurée sur dix ans. Aujourd’hui, les deux pays cherchent officiellement à développer davantage leurs échanges, dont le volume approche les 5 milliards de dollars, tout en reconnaissant la nécessité d’une relation plus équilibrée.
Car c’est précisément là que le bât blesse : le succès des produits turcs auprès des consommateurs ne fait pas nécessairement le bonheur des producteurs marocains.
Le textile en constitue le meilleur exemple. Face à l’afflux d’articles turcs à prix compétitifs, le Maroc avait décidé d’actionner les mécanismes de protection prévus par l’accord et de rétablir des droits d’importation sur certains produits. Le ministère de l’Industrie constatait alors que les exportations turques de textile et d’habillement vers le Maroc avaient bondi de 175 % entre 2013 et 2017, fragilisant des unités industrielles destinées au marché intérieur et provoquant des pertes d’emplois.
Le consommateur, lui, fait ses comptes
Des années plus tard, l’attrait demeure. Dans l’habillement notamment, les articles importés de Turquie bénéficient d’une réputation de diversité et de rapport qualité-prix intéressant. Hijabs, abayas et autres vêtements destinés à une clientèle recherchant une mode plus couvrante ont également trouvé leur marché.
Le paradoxe devient alors évident. D’un côté, industriels et responsables économiques cherchent à défendre la production nationale et l’emploi ; de l’autre, le consommateur marocain arbitre d’abord avec son portefeuille.
Et c’est probablement là que se jouera la véritable bataille. Il ne suffira pas de rendre les importations turques plus difficiles pour imposer le produit marocain. Encore faudra-t-il que l’industrie nationale puisse proposer des produits aussi attractifs, diversifiés, disponibles et compétitifs.
Car face à un consommateur devenu exigeant, le « Made in Morocco » ne gagnera durablement la bataille ni par décret ni par patriotisme économique, mais d’abord par le prix, la qualité et l’innovation.



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