La tension continue de monter entre les deux capitales, Rabat et Madrid, sans qu’aucune consultation ministérielle n’ait eu lieu pour tenter d’expliquer comment on a pu en arriver là.
Alors qu’aucun observateur averti n’est encore parvenu à avancer une origine véritablement crédible à cette crise, née avant, pendant, puis aggravée par l’affaire de la ruée, toujours inexpliquée, de dizaines de milliers de Marocains vers Ceuta, les rumeurs, supputations et approximations continuent d’alimenter analyses et articles de presse.
Est-on face à une tension née du rapprochement de l’Espagne avec l’Algérie, prélude à une normalisation plus poussée entre Madrid et Alger ? Est-elle, au contraire, liée au rapprochement entre le Maroc et les États-Unis, désormais en profond désaccord avec Madrid sur plusieurs dossiers au sein de l’OTAN, et qui aurait déplu ou crispé l’Espagne ? Ou faut-il plutôt chercher du côté de l’offensive menée par la droite et l’extrême droite contre le gouvernement socialiste, qui aurait contribué à exacerber un sentiment anti-marocain au sein d’une partie de la population, sur fond de forte présence de l’immigration marocaine en territoire espagnol ? Nul ne le sait encore avec certitude.
Toujours est-il que le gouvernement espagnol, qui était encore un allié de poids de Rabat il y a quelques semaines, semble s’être brusquement braqué, au point de donner l’impression d’oublier les engagements de bon voisinage et l’entente cordiale patiemment construite entre les deux pays. L’envoi de deux navires de guerre aux abords de la frontière séparant l’enclave espagnole de Ceuta du Maroc constitue, à cet égard, un signal particulièrement fort.
Une telle mesure ne résume-t-elle pas, à elle seule, la situation actuelle entre les deux pays et la tension grandissante, alors que plane déjà la crainte d’une nouvelle ruée migratoire le 15 août prochain ?
Autre indice de ce profond malaise : l’absence, jusqu’à présent, de toute initiative visible de concertation de part et d’autre, y compris de la part de l’Union européenne. Bruxelles s’est essentiellement contentée de mettre en exergue la bonne volonté du Maroc et sa coopération avec Madrid dans la lutte contre l’immigration irrégulière.
Mais face à une crise qui touche directement deux partenaires stratégiques de l’Union européenne et qui se déroule aux portes mêmes de l’Europe, cette posture peut-elle suffire ? L’UE ne devrait-elle pas s’impliquer davantage, encourager une médiation et pousser Rabat et Madrid à renouer rapidement les fils du dialogue avant que les incompréhensions, les rumeurs et les gestes de défiance ne finissent par installer une crise diplomatique beaucoup plus difficile à contenir ?



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