Le cinéma marocain est en deuil. Le réalisateur Mostafa Derkaoui, figure majeure et singulière de la cinématographie nationale, s’est éteint à Casablanca, laissant derrière lui une œuvre qui aura profondément marqué l’histoire du septième art au Maroc.
Avec sa disparition, c’est bien plus qu’un cinéaste qui s’en va. C’est une génération, une manière de penser le cinéma et un regard profondément libre sur la société marocaine qui disparaissent avec lui.
Né en 1944 à Oujda, Mostafa Derkaoui avait fait de la création cinématographique un espace d’expérimentation, de questionnement et de liberté. Formé notamment à l’Institut des hautes études cinématographiques de Paris, il s’était rapidement distingué par une approche qui refusait les conventions et les récits trop convenus.
Son nom restera particulièrement associé à « De quelques événements sans signification », œuvre devenue emblématique du cinéma marocain. Réalisé en 1974, le film avait proposé une écriture audacieuse, presque révolutionnaire pour son époque, en donnant à voir une autre manière de raconter le Maroc, ses contradictions, ses aspirations et ses fractures.
Chez Derkaoui, le cinéma n’était jamais simplement une affaire d’images. Il était un acte de réflexion. Une façon d’interroger le réel, de donner une place aux voix marginales et de confronter le spectateur aux complexités de son époque.
Au fil de sa carrière, le réalisateur s’est également illustré à travers plusieurs œuvres, dont « Casablanca by Night », confirmant un parcours marqué par l’indépendance artistique et la volonté de préserver un cinéma d’auteur, exigeant et profondément personnel.
Mostafa Derkaoui appartenait à cette génération de créateurs qui ont contribué à faire sortir le cinéma marocain de ses premiers balbutiements pour l’inscrire dans une véritable démarche artistique et intellectuelle. Son œuvre, parfois difficile, souvent provocatrice, n’a jamais cherché la facilité. Elle invitait plutôt à regarder autrement, à écouter autrement et surtout à penser.
Sa disparition intervient comme un moment de recueillement pour le monde de la culture marocain. Réalisateurs, comédiens, critiques et cinéphiles saluent aujourd’hui la mémoire d’un homme qui aura consacré une grande partie de sa vie à défendre sa vision du cinéma.
Au-delà des films et des distinctions, il restera de Mostafa Derkaoui un regard. Un regard libre, inquiet, lucide et profondément attaché à son pays. Un regard qui aura traversé plusieurs décennies de l’histoire du Maroc sans jamais renoncer à questionner son époque.
Le cinéma marocain perd ainsi l’un de ses pionniers. Mais les œuvres, elles, demeurent. Elles continueront de parler aux nouvelles générations, de susciter le débat et de rappeler que le cinéma peut être à la fois mémoire, miroir et espace de liberté.
Mostafa Derkaoui s’en va, mais son regard demeure. Et avec lui, une part essentielle de la mémoire du cinéma marocain.












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