L’affaire dite de « l’Escobar du Sahara », l’un des plus retentissants dossiers de trafic international de stupéfiants et de corruption qu’ait connus le Maroc ces dernières années, est loin d’avoir livré tous ses secrets. Alors que le procès de première instance s’est soldé, fin juin dernier, par de lourdes condamnations, la justice vient d’ouvrir un nouveau chapitre avec l’arrestation et l’incarcération d’un homme cité à plusieurs reprises au cours des audiences.
Le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca a ordonné le placement en détention provisoire à la prison locale d’Aïn Sebaâ (Oukacha) d’Abdelouahed G., plus connu sous le surnom de « Taounati », après sa présentation par le procureur général du Roi à l’issue d’une enquête préliminaire menée par la Brigade nationale de la police judiciaire.
Selon plusieurs sources concordantes, les investigations portent sur ses liens présumés avec un vaste réseau de trafic international de drogue et sur son éventuelle implication dans des opérations portant sur d’importantes quantités de stupéfiants. Son nom était déjà apparu au cours du procès, notamment à propos d’un dîner organisé dans une villa à Rabat, auquel auraient participé Saïd Naciri ainsi que le trafiquant de drogue malien Ahmed Ben Brahim, surnommé « Escobar du Sahara ».
Les enquêteurs se sont également intéressés à plusieurs enregistrements audio attribués au suspect, dans lesquels il échangerait avec le responsable d’une chaîne diffusant sur les réseaux sociaux depuis l’étranger. Ces conversations, rendues publiques après un piratage informatique revendiqué par un groupe de hackers, figureraient désormais parmi les pièces examinées par les enquêteurs.
L’exploitation technique de son téléphone portable pourrait, selon les premiers éléments de l’enquête, permettre d’identifier d’éventuelles ramifications supplémentaires et de faire émerger de nouveaux noms dans cette affaire tentaculaire, qui mêle trafic de drogue, corruption et réseaux d’influence.
L’arrestation du suspect est intervenue à Mohammedia après plusieurs semaines de recherches. Les investigations, appuyées par les renseignements fournis par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et par des techniques de géolocalisation, ont permis de le localiser alors qu’il utilisait plusieurs résidences, notamment à Mansouria et à Meknès, afin d’échapper aux recherches des services de sécurité.
Au cours du procès, la défense de Saïd Naciri avait d’ailleurs demandé une expertise des téléphones des personnes présentes lors de ce fameux dîner organisé au domicile de la chanteuse Latifa Raâfat. Les avocats souhaitaient démontrer que leur client n’avait pas participé à une réunion au cours de laquelle des transactions liées au trafic de stupéfiants auraient été évoquées.
Cette nouvelle évolution intervient quelques semaines seulement après le verdict rendu par la Chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca. Le tribunal avait condamné Abdennabi Bioui, ancien président du Conseil de la région de l’Oriental, à douze ans de réclusion criminelle, tandis que Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca et ex-parlementaire, avait écopé de dix ans de prison ferme. Les deux hommes ont toujours contesté les accusations portées contre eux et disposent de voies de recours contre ce jugement.
Cette nouvelle mise en examen laisse penser que les investigations sont loin d’être terminées. Les autorités judiciaires cherchent désormais à déterminer si d’autres protagonistes, jusqu’ici restés dans l’ombre, pourraient être impliqués dans ce dossier qui continue d’alimenter les débats sur les liens présumés entre criminalité organisée, trafic international de drogue et réseaux d’influence.












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