L’été devait être celui des vacances, des retrouvailles familiales et des voyages. Sur les routes marocaines, il prend malheureusement une autre couleur : celle d’un mois d’août particulièrement meurtrier.
En une seule semaine, du 3 au 9 août, 45 personnes ont perdu la vie et 3.219 autres ont été blessées dans 2.341 accidents de la circulation survenus uniquement en milieu urbain, selon les données de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
Derrière ces statistiques se cachent autant de familles endeuillées, de blessés, parfois lourdement handicapés, et une question qui revient chaque été : pourquoi les routes marocaines deviennent-elles particulièrement dangereuses au moment des grands départs ?
Car les chiffres montrent cette fois une accélération préoccupante.
Entre le 20 et le 26 juillet, les accidents enregistrés en milieu urbain avaient fait 30 morts. Deux semaines plus tard, le bilan atteint 45 décès.
Une augmentation de 50 %.
Le nombre de blessés passe parallèlement de 3.026 à 3.219 et celui des accidents de 2.208 à 2.341.
La progression apparaît encore plus nettement lorsqu’on remonte au début du mois de juillet.
Du 6 au 12 juillet, 27 personnes avaient trouvé la mort dans 2.230 accidents ayant fait 3.043 blessés. Ces données de la DGSN avaient déjà mis en évidence le poids déterminant des comportements humains dans les accidents.
La semaine suivante, du 13 au 19 juillet, le bilan était passé à 28 morts et 2.970 blessés dans 2.158 accidents.
27 morts.
Puis 28.
Puis 30.
Et désormais 45.
La courbe parle d’elle-même.
Août, le mois de tous les dangers ?
Cette dégradation coïncide avec la période où le Maroc connaît l’un des plus importants mouvements de population de l’année.
Vacances scolaires, congés annuels, retour des Marocains résidant à l’étranger, déplacements vers les plages, villes côtières et destinations touristiques, voyages familiaux entre les différentes régions : des millions de kilomètres supplémentaires sont parcourus quotidiennement.
Les routes se remplissent, les villes touristiques sont saturées et la fatigue s’ajoute parfois à l’impatience.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas entièrement nouveau. Les statistiques détaillées de la sécurité routière montrent régulièrement des niveaux élevés d’accidents et de mortalité durant la période estivale. En 2024, par exemple, juillet avait enregistré 381 morts au niveau national et août 410, contre 269 en mars.
Mais les données de ce début août 2026 interpellent particulièrement lorsqu’on les compare à celles de l’année dernière.
Entre le 4 et le 10 août 2025, 32 personnes avaient été tuées dans les accidents urbains. Cette année, sur une période comparable, elles sont 45.
Cela représente 13 vies supplémentaires perdues, soit une hausse de plus de 40 %.
Et le pire n’est peut-être pas encore passé.
La semaine du 11 au 17 août 2025 avait enregistré un pic de 48 morts. Avec déjà 45 décès début août cette année, le Maroc se rapproche dangereusement de ce seuil.
Les mêmes fautes, les mêmes drames
Ce qui frappe également à la lecture des bilans successifs de la DGSN, c’est la répétition presque immuable des causes.
L’inattention des conducteurs revient en tête.
Suivent le non-respect de la priorité, l’inattention des piétons, la vitesse excessive, la perte de contrôle du véhicule, le non-respect des distances de sécurité et les changements de direction irréguliers.
Les semaines passent donc, les chiffres changent, mais les comportements dangereux restent pratiquement les mêmes.
Les données communiquées par la DGSN en juin et juillet confirmaient déjà cette prédominance du facteur humain.
Un téléphone consulté pendant quelques secondes.
Une priorité ignorée.
Quelques kilomètres/heure de trop.
Une distance de sécurité insuffisante.
Un dépassement hasardeux.
Des gestes devenus presque banals sur certaines routes mais qui, lorsqu’ils s’additionnent à la densité exceptionnelle de la circulation estivale, peuvent transformer une seconde d’imprudence en drame définitif.
Les contrôles ne suffisent manifestement plus
La réponse sécuritaire existe pourtant.
Chaque semaine, les services de police enregistrent des dizaines de milliers d’infractions, dressent des procès-verbaux, saisissent des documents et placent des véhicules en fourrière. Du 6 au 12 juillet, par exemple, plus de 51.000 contraventions avaient été enregistrées par les services de police.
Mais une évidence s’impose : verbaliser après l’infraction ne suffit pas à empêcher le drame.
La période estivale devrait probablement donner lieu à un dispositif exceptionnel de prévention, au même titre que les grandes opérations de mobilité organisées lors des périodes de très forte affluence.
Davantage de contrôles ciblés sur la vitesse et les comportements dangereux, certes.
Mais aussi davantage de prévention.
Messages sur les autoroutes et dans les villes, campagnes massives sur les réseaux sociaux, radios, télévisions et plateformes numériques, sensibilisation dans les stations-service et les aires de repos, mobilisation des influenceurs, rappel permanent des risques liés au téléphone et à la fatigue : la sécurité routière doit devenir omniprésente durant les semaines les plus meurtrières.
45 morts, ce ne sont pas seulement des statistiques
Le Maroc connaît depuis longtemps le prix exorbitant de l’insécurité routière.
Les chiffres définitifs de la NARSA pour 2024 avaient fait état de 142.247 accidents corporels et 3.641 personnes tuées, soit une progression respective de 15,2 % et 4,4 % par rapport à 2023.
La bataille est donc loin d’être gagnée.
Et peut-être faut-il justement cesser de regarder les bilans hebdomadaires comme une succession froide de chiffres.
45 morts en sept jours, ce sont plus de six personnes qui ne rentrent pas chez elles chaque jour.
À quelques jours de la deuxième moitié d’août, alors que les déplacements estivaux restent extrêmement importants et que commencera bientôt le grand mouvement des retours, le signal d’alarme est suffisamment puissant pour imposer une mobilisation générale.
Car derrière chaque chiffre se trouve une chaise qui restera vide, une famille qui recevra un appel qu’elle n’oubliera jamais et parfois un accident qui aurait pu être évité.
Sur la route, arriver quelques minutes plus tard restera toujours préférable à ne jamais arriver.












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