Ce qui ressemblait encore, il y a quelques semaines, à un désaccord susceptible de se régler autour d’une table est en train de virer au bras de fer. Entre Hakim Ziyech et la nouvelle direction du Wydad, la confiance semble sérieusement entamée. Et l’apparition d’un huissier de justice au complexe Mohamed Benjelloun montre que chacun commence désormais à penser à l’étape suivante.
Mardi, l’international marocain s’est présenté au centre d’entraînement du Wydad à Casablanca à l’heure prévue pour effectuer la séance individuelle qui lui avait été assignée. Particularité : Ziyech n’est pas venu seul. Un huissier de justice l’accompagnait.
Le joueur voulait faire constater officiellement qu’il respectait le programme communiqué par son employeur et qu’il était disponible pour s’entraîner.
Problème : selon plusieurs sources concordantes, aucun membre du staff chargé de superviser sa séance individuelle n’était présent. Certaines sources indiquent également que l’huissier n’aurait pas été autorisé à pénétrer dans le complexe et aurait dressé procès-verbal de la situation.
Le détail pourrait devenir capital.
En constituant une trace officielle de sa présence, Ziyech semble vouloir se prémunir contre toute accusation de manquement à ses obligations professionnelles si le conflit devait se terminer devant les instances sportives compétentes.
De la lune de miel au bras de fer
Le contraste est saisissant avec l’arrivée de Ziyech au Wydad en octobre 2025.
Son recrutement avait provoqué un immense enthousiasme. Voir l’ancien joueur de l’Ajax, de Chelsea et de Galatasaray revenir au Maroc constituait l’un des plus grands coups médiatiques réalisés par un club de Botola.
Moins d’un an plus tard, l’idylle tourne au vinaigre.
À l’origine du différend se trouve notamment la question financière. La nouvelle direction présidée par Ibrahim El Asri cherche à réduire certaines charges héritées de l’ancienne présidence et aurait proposé à Ziyech de revoir sa rémunération à la baisse.
Plusieurs médias évaluent celle-ci entre 80.000 et 100.000 euros par mois, un montant considérable pour le football marocain. Ziyech refuse cependant de renégocier à la baisse un contrat qu’il considère comme valable et entend faire respecter les conditions conclues lors de son arrivée.
La prudence s’impose toutefois sur ces chiffres. Le rapport financier du Wydad ne détaille pas individuellement la rémunération de Ziyech. Il révèle en revanche une masse salariale en progression de 33,7 %, à 59,5 millions de dirhams, ainsi que d’importants engagements financiers pesant sur la société chargée de l’équipe professionnelle.
Écarté du match, puis du stage
Le désaccord financier a rapidement débordé sur le terrain.
Ziyech a d’abord été privé du match amical face à la Renaissance de Zemamra alors qu’il était présent et équipé. Il n’a ensuite pas été retenu parmi les joueurs partis effectuer le stage de préparation à Agadir.
La réaction du joueur a été immédiate. Interpellé sur les réseaux sociaux, il a publiquement renvoyé la responsabilité vers le nouveau président et mis en cause les explications de la direction.
Le Wydad lui a ensuite communiqué un programme individuel à effectuer à Casablanca pendant que ses coéquipiers poursuivaient leur préparation à Agadir. Le directeur administratif du club aurait indiqué à l’huissier que la non-convocation du joueur relevait d’une décision technique de l’entraîneur, élément qui aurait été consigné dans le procès-verbal.
C’est ici que le dossier devient particulièrement sensible.
Car il existe désormais deux lectures : celle d’un club qui revendique sa liberté sportive dans la gestion de son effectif et celle d’un joueur sous contrat qui documente les conditions dans lesquelles son employeur lui permet — ou non — d’exercer son métier.
Qui a désormais intérêt à aller au clash ?
Probablement personne.
Pour le Wydad, une rupture conflictuelle avec un joueur disposant d’un contrat important pourrait ouvrir un nouveau dossier juridique et financier. Le club connaît déjà ce terrain : son dernier rapport financier faisait apparaître 28,2 millions de dirhams de dettes envers des clubs faisant l’objet de procédures devant la FIFA ou le Tribunal arbitral du sport.
Pour Ziyech, à 33 ans, plusieurs mois de conflit et d’entraînement à l’écart ne constitueraient pas davantage une situation idéale sur le plan sportif.
La solution la moins coûteuse pourrait donc rester celle d’une séparation négociée, à condition que les deux parties trouvent un terrain d’entente sur les sommes éventuellement dues et les modalités d’une rupture.
Mais l’image de mardi en dit déjà long.
Quand un footballeur ne vient plus seulement à l’entraînement avec ses crampons, mais également avec un huissier de justice, c’est généralement que le match le plus important ne se joue plus sur le terrain.
Par M. Rouane












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