Impensable, impardonnable, pitoyable… Comment qualifier le lourd silence du gouvernement face aux événements tragiques survenus à la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta, marqués par des dizaines de morts par noyade, des centaines de blessés et de violents incidents impliquant les forces de l’ordre marocaines et la Guardia Civil espagnole dans un contexte de tension maximale ?
Ce douloureux épisode des relations maroco-espagnoles est susceptible de connaître de nouveaux développements au cours des prochains jours, lorsque l’ensemble des candidats à l’immigration irrégulière ayant convergé vers la frontière auront quitté les lieux. Beaucoup sont finalement revenus sur leur décision, regagnant leur domicile avec le regret d’avoir été entraînés dans un mouvement qu’ils ne mesuraient probablement pas. Reste désormais à déterminer qui est à l’origine des appels massifs diffusés sur les réseaux sociaux ayant conduit à cette mobilisation sans précédent. Plusieurs hypothèses circulent, mais elles devront être confirmées par les enquêtes avant de pouvoir être considérées comme établies.
Quoi qu’il en soit, le silence imposé à l’opinion publique marocaine restera comme l’une des attitudes les plus critiquables d’un gouvernement en fin de mandat, davantage absorbé par les enjeux électoraux que par la gestion d’une crise ayant profondément choqué les Marocains. Les images de jeunes candidats à l’exil, livrés à eux-mêmes et exposés au regard des médias internationaux, ont donné du Royaume une image particulièrement préoccupante, rappelant, pour de nombreux observateurs, les grandes vagues migratoires que connaît régulièrement la région.
Cette attitude attentiste traduit surtout les limites d’un exécutif qui semble avoir attendu des informations et des orientations avant de prendre la parole sur un sujet d’une telle gravité. Une crise de cette ampleur appelait pourtant une communication rapide, transparente et structurée, capable de rassurer l’opinion publique, d’expliquer les faits et d’éviter que le silence officiel ne laisse le champ libre aux rumeurs, aux spéculations et aux campagnes de désinformation.
Par Jalil Nouri












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