La tendance serait toute nouvelle pour ces élections législatives de 2026 : le recours à l’intelligence artificielle pour l’élaboration et la rédaction des programmes politiques. Une pratique qui, selon plusieurs sources internes aux formations politiques, concernerait plus d’un parti et mobiliserait également certains experts chargés de préparer les propositions électorales.
Un phénomène qui pourrait expliquer une impression de plus en plus perceptible : les programmes se ressemblent, aussi bien dans leurs objectifs que dans les chiffres avancés, au point de donner parfois le sentiment que leurs auteurs se sont concertés autour d’une même table.
Mêmes tournures de phrases, intitulés de chapitres similaires, priorités identiques et, lorsqu’elles apparaissent, des idées nouvelles présentées sous des formes étrangement proches. Ces similitudes, jusque dans certaines références utilisées, alimentent les interrogations sur le rôle désormais joué par l’intelligence artificielle et sur le recul des experts internes qui, traditionnellement, imprimaient à chaque formation sa propre doctrine.
Jusqu’ici, l’élaboration d’un programme électoral mobilisait des commissions pendant de longs mois. Économistes, universitaires, militants et spécialistes sectoriels planchaient sur les propositions avant leur validation par les bureaux politiques et les directions des partis, selon un processus voulu participatif et consensuel.
L’IA est venue bousculer cette tradition.
Elle permet incontestablement de gagner du temps, de synthétiser d’importantes quantités de données et de structurer rapidement un programme. Mais son utilisation comporte également un risque : celui de voir plusieurs formations recourant aux mêmes outils aboutir aux mêmes raisonnements, aux mêmes formulations et finalement aux mêmes promesses.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que les programmes électoraux se font attendre et apparaissent au compte-gouttes, alors qu’ils devraient constituer le cœur de la confrontation politique avant le scrutin.
Et lorsqu’ils arrivent, l’originalité n’est pas toujours au rendez-vous.
Emploi, inflation, pouvoir d’achat, protection sociale, investissement : les priorités sont souvent les mêmes, les objectifs se ressemblent et certains chiffres paraissent presque interchangeables d’une formation à l’autre.
L’intelligence artificielle peut certainement aider les partis à mieux travailler. Mais elle ne peut remplacer ni une vision politique, ni une doctrine, ni le travail de terrain nécessaire pour comprendre les attentes des citoyens.
À trop demander aux machines de penser les programmes à leur place, les partis risquent surtout de présenter aux Marocains des projets différents par leur couverture, mais étrangement semblables une fois les premières pages tournées.
Par Jalil Nouri



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