Semaine décisive que celle entamée lundi par une longue interview du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, largement consacrée à la situation à Ceuta et qui se poursuivra jeudi par une comparution très attendue devant le Congrès des députés.
Le rendez-vous est désormais officiellement fixé au jeudi 3 septembre à 9 heures. Cette séance extraordinaire, organisée alors qu’aucune réunion plénière n’était initialement prévue pour cette première semaine de septembre, donnera à Pedro Sánchez l’occasion de s’expliquer devant les députés sur la gestion par son gouvernement des événements survenus à Ceuta depuis le 30 juillet.
Dans toute l’Espagne, classe politique et société civile attendent désormais avec impatience les réponses qu’apportera le leader socialiste, à la tête d’une coalition de gauche, dans un contexte toujours aussi tendu et passionné. La crise de Ceuta s’est imposée comme l’un des principaux dossiers de la rentrée politique espagnole, au point de reléguer provisoirement au second plan plusieurs autres sujets nationaux.
Une situation dont la droite et l’extrême droite entendent profiter pour placer le gouvernement Sánchez sous une pression maximale.
La journée de ce mercredi 2 septembre, qui coïncide avec le Día de Ceuta, en constitue une nouvelle illustration. Des rassemblements de soutien à la ville autonome sont prévus à 20 heures devant les mairies dans toute l’Espagne, à l’appel de la Fédération espagnole des municipalités et provinces. Le PP et Vox ont appelé leurs militants à y participer, tandis que le gouvernement dénonce une instrumentalisation politique de ces mobilisations. Alberto Núñez Feijóo et Santiago Abascal doivent eux-mêmes participer au rassemblement organisé à Madrid.
Vox va encore plus loin. Le parti de Santiago Abascal entend profiter de ces manifestations non seulement pour afficher son soutien aux habitants de Ceuta, mais aussi pour mettre directement en accusation le gouvernement Sánchez et le Maroc, qu’il considère comme responsables de la situation.
Cette offensive intervient pourtant au moment où Pedro Sánchez vient précisément de dédouaner publiquement Rabat.
Dans son entretien accordé lundi à la Cadena SER, le chef du gouvernement espagnol a assuré qu’aucune information provenant des forces de sécurité espagnoles, du CNI ou des autres services de renseignement avec lesquels Madrid coopère ne permettait d’établir une quelconque participation des autorités marocaines dans la crise du 30 juillet.
Sánchez a même qualifié de « franchement positive » la coopération actuelle avec Rabat, estimant que la résolution de la crise passait nécessairement par la coopération avec le Maroc plutôt que par la défiance à son égard.
Un positionnement qui place le chef du gouvernement en opposition frontale avec le discours développé par Vox et une partie de la droite espagnole depuis le début de la crise.
Autre élément venu alimenter la polémique : la possible visite du roi Felipe VI à Ceuta et Melilla.
Pedro Sánchez a confirmé lundi qu’une telle visite aurait bien lieu, estimant que les arguments et les conditions existaient pour qu’elle se réalise. Il n’a cependant communiqué aucune date, celle-ci devant encore être arrêtée en coordination avec la Maison royale.
Une visite de Felipe VI dans les deux enclaves constituerait nécessairement un événement politique et diplomatique majeur dans les relations entre Madrid et Rabat. Le souverain espagnol, proclamé roi en 2014, ne s’est encore jamais rendu à Ceuta ou Melilla depuis son accession au trône.
Madrid affiche parallèlement sa détermination à reprendre le contrôle de la situation sur le terrain.
Le Conseil des ministres espagnol a annoncé mardi la mobilisation de 309 millions d’euros pour soutenir l’économie de Ceuta, renforcer la sécurité et les services publics et améliorer les capacités d’accueil des migrants.
L’ampleur du dispositif donne une idée de celle de la crise. Au moment des événements des 30 et 31 juillet, le Centre de séjour temporaire pour immigrants de Ceuta ne disposait que de 500 à 600 places. Depuis, plus de 3.400 places supplémentaires ont été aménagées dans différents espaces afin d’accueillir les migrants, procéder à leur identification et traiter les procédures administratives.
L’arrivée massive de migrants reste elle-même entourée de nombreuses interrogations.
Environ 72.000 personnes auraient franchi irrégulièrement la frontière de Ceuta durant les journées des 30 et 31 juillet, selon les chiffres communiqués par les autorités espagnoles. Des informations trompeuses diffusées sur les réseaux sociaux avaient notamment laissé croire que la frontière pouvait être franchie sans risque de reconduite.
Pedro Sánchez a désormais ouvert un nouveau front en affirmant que des réseaux liés à la Russie, à Israël et à des mouvements internationaux d’extrême droite auraient participé à la diffusion de cette désinformation. L’enquête se poursuit néanmoins et toutes les circonstances ayant provoqué un mouvement migratoire d’une telle ampleur ne sont pas encore établies.
La prudence reste donc nécessaire sur ce point.
En revanche, une chose est désormais politiquement acquise : Ceuta est devenue le dossier explosif de cette rentrée espagnole.
Entre la comparution de Pedro Sánchez devant le Congrès, les manifestations organisées dans tout le pays, la mobilisation du PP et de Vox, le plan d’urgence de plusieurs centaines de millions d’euros et la perspective hautement symbolique d’une visite de Felipe VI, la pression ne devrait pas retomber de sitôt.
À la faveur de cette accumulation de tensions, la droite espagnole et son allié d’extrême droite Vox semblent se rapprocher de l’objectif politique qu’ils poursuivent : affaiblir suffisamment Pedro Sánchez pour créer les conditions susceptibles de conduire à des élections législatives anticipées.
Mais un paradoxe apparaît désormais clairement. Alors que ses adversaires politiques cherchent à placer le Maroc au centre des accusations, Pedro Sánchez continue, lui, de défendre la coopération avec Rabat et refuse, sur la base des renseignements dont dispose son gouvernement, d’attribuer aux autorités marocaines une quelconque responsabilité dans le déclenchement de la crise.
Sur un autre point, en revanche, Madrid ne montre aucun signe de recul : la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla reste une ligne rouge largement partagée par la classe politique du pays.
Et la perspective d’une visite du roi Felipe VI dans les deux enclaves viendrait encore renforcer ce message.
Madrid ne lâche rien sur Ceuta.












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